dimanche 20 décembre 2020

La Malédiction de la Déesse (40)

*** 1969 ***


Hermes terminait son quatrième verre de ricard en compagnie de Dyonisos et de Pan, tous deux vêtus à la dernière mode, avec la coupe de cheveux copiée sur ce fameux John Lennon qui faisait fureur en ce moment. Hermes, en comparaison, faisait figure de précurseur avec une tenue affro très colorée, qui faisait déjà un tabac de l’autre côté de l’Atlantique. Il considérait son verre avec attention, se demandant, en sachant pertinemment qu’il le ferait plus tard, s’il fallait commander immédiatement un petit cinquième. Pan commençait déjà à fermer les yeux de sommeil tandis que Dyonisos discutait avec agitation :”Mais je te jure qu’il l’a baisée.

_ Non, mais on n’a pas de preuve. Tu sais bien qu’il fait gaffe maintenant.

_ Il fait gaffe à quoi? Ne pas se faire chopper ou arrêter de baiser tout ce qui bouge?

_ Ca il n’arrêtera jamais, tu le connais. Mais il fait gaffe à ne plus se faire chopper. La dernière fois, Hera a quand même dévasté une région entière pour une petite histoire de cul.

_ De cul c’est vite dit.

_ Du cul à sa façon, il avait fait tomber une pluie d’or sur la fille. Mais quand même.

_ En tous cas, celle-là, il l’a baisée. A l’ancienne, tous nus dans le foin.”


Hermes avait finit par lever la main pour commander le verre suivant. En attendant la serveuse, il voulait clarifier la situation avec son fils :”Mais tu as des preuves de ça?

_ Ben oui. La fille est tombée enceinte. Répondit Dyonisos.

_ Ah ben merde alors. Et maman n’est pas au courant?

_ Je ne pense pas. Elle n’a pas entendu parler de ça. Surtout s’il fait gaffe.

_ J’espère qu’elle ne va pas le prendre mal.

_ Pourquoi elle le prendrait mal, si personne ne lui dit rien?

_ Ce n’est pas très moral. J’ai une information, je suis le messager des dieux, mon boulot, c’est de passer le message.

_ Oui mais là, elle va mal le prendre, tu le sais bien.

_ C’est un cas de conscience…”


Ils discutèrent de tout et de rien pendant le reste de la nuit. Après le septième verre, Hermes avait arrêté de compter, et il n’était pas encore minuit. Pour le moment, il retournait vers son domicile, titubant vaguement, en se demandant comment il allait formuler sa lettre pour Hera. Cette nouvelle n’allait pas lui faire plaisir.

Non, pas plaisir du tout.

 

 

*** Fin***

La Malédiction de la Déesse (39)


*** Brandon Cooper et Melinda Higgs ***


Brandon, resplendissant dans son costume clair, se servait un verre de scotch et ajouta la paire de glaçons qui ajouteraient un peu de fraîcheur à sa boisson. Son bureau était impeccable, tout en acajou et en bois nobles. Face à lui, Melinda, avec qui il venait de faire l’amour, était superbe dans sa robe de soirée bleu azur. Ils se connaissaient depuis quelques jours seulement, mais il l’appréciait déjà énormément. Son regard se fixa sur le décolleté de la superbe blonde aux lèvres humides avant qu’il ne lui dise :”Je t’aime”.

Melinda versa une larme, avala d’un trait son verre de vodka-cranberries et jeta le verre contre l’étagère derrière elle, celle qui comptait tant aux yeux de Brandon, celle où il stockait tous ses trophées prestigieux et sa médaille d’honneur du Congrès pour avoir sauvé la vie du président lors de cette opération délicate.

“Qu’avez-vous Melinda? Demanda-t-il en se jetant à ses pieds.

_ Je ne peux pas vous épouser. Répondit la jeune femme.

_ Mais pourquoi? Qu’ai-je fait?

_ Ce n’est pas vous. Mais nous...”


L’écran de l’appareil de télévision devint brusquement noir. Hera se leva, furieuse .”Qui sont les enculés qui coupent la télé pendant mon feuilleton?” Elle saisit sa bière à côté d’elle et en vida le contenu en buvant directement au goulot, comme elle en avait l’habitude quand elle était d’humeur massacrante.

Trois secondes plus tard, la box redémarrait. L’écran de la télé afficha le message “pas de signal vidéo”, puis, quand le décodeur eut terminé sa réinitialisation, l’image revint.


“Je comprends Melinda. Dit brandon, manifestement déçu.

_ Je vous aimerais toujours. Répondit Melinda en se levant. Pardonnez-moi.”

La musique pleine de rythmes du feuilleton démarra pendant que le réalisateur terminait sa séquence sur un gros plan de la belle actrice qui incarnerait Melinda pendant encore trois épisodes, jusqu’à sa future chute de cheval et sa disparition de la série.


Hera changea de chaîne. Après son feuilleton, il n’y avait plus que des jeux auxquels elle n’avait rien compris, avec un animateur moche en petit costume ridicule et des petites boules de couleur. Avec un peu de chance, Hermes lui montrerait comment retrouver l’épisode du jour en entier sur le truc internet “replay” dont il parlait souvent.


*** Paul ***



Un téléphone de ce prix, avec une batterie toute neuve, qui tombait en panne. Dès que le réseau reviendra, Paul contactera en urgence l’opérateur pour se plaindre. La porte verte devant laquelle se trouvait était complètement bloquée. Peut être qu’un serrurier pourrait faire quelque chose. De dépit, Paul ordonna à un de ses N-1 de frapper à la porte, jusqu’à ce qu’on lui ouvre, en criant “police” ou quelque chose dans le genre, si besoin. Quelqu’un finirait bien par ouvrir.

Paul regarda son téléphone hors service, il était en train de redémarrer. Le réseau revint rapidement après la coupure.

Son homme de main frappait à la porte régulièrement, en criant “Services du premier ministre, veuillez ouvrir”. Mais rien ne se produisait. Comme si les gens qui se trouvaient derrière la porte étaient sourds, ou tout simplement trop loin pour entendre. Personne ne pouvait refuser d’ouvrir à quelqu’un qui demandait d’ouvrir de la part du premier ministre. Ce serait trop étrange.


Après cinq minutes à traîner devant une porte close, le lieutenant colonel Remy reçut un appel sur son téléphone sécurisé. “Monsieur?... Oui… Nous sommes devant l’atelier d’un horloger où la cible s’est réfugiée… Très bien… Je vous le passe…”

Il tendit son téléphone à Paul :”C’est pour vous monsieur.”

Paul prit l’appareil sans lire le nom affiché.

“Ici le Général. Je viens d’avoir des infos importantes. Le problème de ce logiciel est réglé. Vous étiez au courant?”

Paul fut confus une seconde. Il ignorait comment le problème aurait pu être résolu, puisque son équipe n’avait pas encore appréhendé la cible. Il tenta le coup de bluff :”Je suis au courant Général. J’espère que vous êtes satisfait.

_ Ca ira. Vous ramenez vos culs ici et vous dites à Remy de venir me voir. Pendant ce temps vous me rédigerez le rapport et je pense qu’on va revoir votre affectation en fonction de ce rapport. J’attends le papelard dans deux heures sur mon bureau.” le Général raccrocha.

“Lieutenant Colonel Rémy? Dit Paul, le Général vous attend. Messieurs, on rentre. Mission accomplie, je vous remercie.”


Ensemble, les agents secrets remontèrent dans leur fourgonnette dans un silence pesant.

La Malédiction de la Déesse (38)

*** Hermes ***


“Toi tu viens avec moi pendant que les filles bossent” Dit Zeus en prenant Hermes par le bras. Il l’emmena dans la cour et lui montra la porte du doigt :”J’ai l’impression que des gens essaient de pénétrer dans mon sanctuaire. Alors tu te démerdes comme tu veux, mais je ne veux pas qu’on soit dérangés.” Il laissa Hermes devant la porte et retourna avec Athena et Olivia. “Tu m’as compris hein? Si quelqu’un entre, tu le fumes, et ensuite, tu viens m’expliquer pourquoi tu l’as laissé entrer et je te fume…” prévint Zeus en montrant son foudre à Hermes.

Hermes se concentra sur la porte. Zeus avait raison. Derrière la porte, une escouade de types, plutôt costauds, s’acharnait sur la porte, pendant qu’un excité habillé en men in black haranguait ces hommes.

Hermes posa sa main droite sur la porte. Il prononça une phrase en grec ancien et autour de sa main, un halo de lumière jaune apparût. Il rayonnait depuis sa main sur la surface de la porte. De l’autre côté, les hommes avaient sorti un bélier pour défoncer la structure. Deux hommes avaient déjà pris leur élan et se jetaient sur la porte. Le sortilège d’Hermes prit effet à la seconde où le bélier d’acier touchait le métal vert. Dans les mains des deux hommes, le bélier se transforma en poussière. “Vous devriez essayer le coup du cheval de bois les mecs”, ricanna Hermes en retournant à l’atelier, fier de sa réussite.


*** Olivia ***


Le dieu messager revint quand Olivia finissait de lancer ses mises à jour. Zeus attendait dans la pièce, Foudre en main, Hermes demanda si tout allait bien. Athena le fit taire d’un regard. Olivia avait besoin de calme autour d’elle.

Elle était tendue. Autour d’elle, trois divinités jugeaient directement son travail et sur le net, des milliers de hackers, qui s’y connaissaient assez pour se permettre de donner un avis, attendaient de voir ce qu’elle pourrait faire. Sans tenir même compte des dizaines de milliers de trolls prêts à faire de même sans avoir les compétences nécessaires. Olivia avait du mal à se concentrer dans ses conditions. Habituellement, elle travaillait seule et son travail n’était pas jugé en direct mais bien après qu’elle ait terminé de programmer. Cette fois, elle devait faire ses preuves en temps réel et il lui faudrait se surpasser.


Quand elle estima avoir terminé ses derniers ajustements, Olivia souffla enfin. Elle avait fait ce qu’elle estimait être le plus simple, il ne lui restait plus qu’à appuyer sur un bouton, espérer que Zeus pourrait faire sa part et prier pour que ce plan fonctionne. Mais prier qui? Dans la situation actuelle, elle avait peur de choquer les personnes présentes dans la même pièce si elle faisait une prière inapropriée.

Avant d’appuyer sur la touche redoutée, elle se rappela que de toutes façons sa carrière était foutue sauf si cette mise à jour fonctionnait. Elle prit une dernière grande respiration puis cliqua, pleine d’espoir.

Quand la barre de téléchargement atteignit cent pour cent et que son logiciel était déjà en train de se répandre sur internet, Olivia dit à Zeus, d’une voix assurée :“Allez-y”.


Zeus claqua des doigts. Subitement, le courant fut coupé. Tous les appareils électriques du monde tombèrent en panne en même temps. Plus rien ne fonctionnait sur la planète. “Trois secondes pas plus, précisa Athena.

_ Il sait ce qu’il fait, fayotta Hermes.

_ Vos gueules. Je compte. Les coupa Zeus.”


Pour Olivia, le temps s’écoula très lentement. Ces trois secondes parurent durer une éternité. Quand Zeus claqua à nouveau des doigts, son ordinateur lança sa procédure de redémarrage. Son téléphone dans sa poche faisait de même. A cet instant, tous les appareils électriques au monde faisaient la même chose, ils se remettaient à jour en intégrant les modifications d’Harpocrate préparées par Olivia.

L’ordinateur portable qu’utilisait Olivia était une excellente machine et elle fut prête à travailler à nouveau en quelques secondes, tandis que les serveurs internet du monde entier mirent parfois plusieurs minutes à reprendre leur activité normale.

Olivia se jeta, avide de résultats sur la base administrateur de son logiciel, tout semblait normal, elle demanda à Hermes de vérifier ces données pendant qu’elle consultait les forums depuis son portable. Sur internet, passées quelques minutes, les commentaires étaient excellents. Quelques acharnés se plaignaient de la coupure de courant surprise, mais la majeure partie des spécialistes faisaient des commentaires élogieux sur le dernier opus d’Olivia.

D’un coup, elle venait de retrouver son statut de grande informaticienne aux yeux du monde entier et avait vaincu le bug d’Harpocrate. Hermes confirma que tout fonctionnait correctement à nouveau. Olivia se sentait rassurée et fière d’elle.


Athena vint poser sa main sur l’épaule d’Olivia :”Je crois que cette malédiction est levée ma chère.

_ Vous croyez?

_ Vous avez survécu à votre pire ennemi, vous-même, en vous surpassant, vous avez vaincu votre frayeur ultime, votre peur de l’échec et il me semble que vous avez terrassé votre créature. Et avec un certain panache. Le tout en une seule fois.

_ Vous avez sûrement raison. La malédiction est annulée alors?

_ J’ai l’impression. Je pense que vous allez pouvoir reprendre une vie normale.

_ Avec une nouvelle famille en bonus.”

Zeus leva un sourcil en entendant cette dernière phrase puis se dirigea vers le fond de l’atelier où il versa quatre verres d’ouzo à ses invités. Il fit un compliment à Olivia en lui tendant son verre et en donnant le sien à Hermes lui dit “Tout ça c’est ta faute, mais je suis de bonne humeur.”

La Malédiction de la Déesse (37)


*** Zeus ***


Dans l’imagination de Zeus, “Frapper à la porte” consistait à donner de légers coups sur une porte afin d’attirer l’attention des occupants des pièces derrière cette porte donnée. En ce moment, les tarés qui tambourinaient contre la porte devaient probablement être une horde de titans en colère qui cherchaient à se venger d’avoir été jetés dans le tartare après la guerre qui fit de Zeus le roi des dieux.

Inquiet de ce qui pouvait se trouver dans la rue, Zeus n’osa pas aller ouvrir trop vite. Avant même de sortir de l’atelier, il avait son foudre dans la main. Avec les titans, on ne savait jamais. Il s’approcha prudemment de la porte. Avant de poser la main sur le mécanisme d’ouverture, il soupira “Mais quel con. De quoi j’ai peur là. Je suis Zeus, pas question de trembler comme une petite vieille devant un punk à chiens.” Fort de sa détermination, il ouvrit la porte et tomba sur un trio improbable Hermes - Athena - une humaine inconnue.


*** Paul ***


La voiture qui conduisait Paul et son équipe arrivèrent à l’adresse que l’agent à moto leur avait communiquée. Ce dernier salua de la manière la plus militaire le lieutenant colonel Rémy et ses collègues et n’adressa qu’un simple bonjour à Paul. Sans en prendre ombrage - il faut savoir être magnanime avec les petits subordonnés, même si leur travail est médiocre - Paul lui demanda où était la cible. L’agent indiqua une porte verte en métal :”Ils viennent d’entrer là. Un vieux en tablier leur a ouvert. Il n’avait pas l’air content mais il les a laissés entrer.

_ Qui ils?

_ La cible, la femme qui l’accompagne depuis quelques jours et un type inconnu qu’elles sont parties chercher dans le seizième. Je ne connais pas les identités des deux autres.

_ On passe à l’action alors. Couvrez-moi, je vais les obliger à nous ouvrir et à se rendre”.


*** Zeus ***


Le roi des dieux avait à peine refermé la porte derrière ses visiteurs qu’une furieuse envie de frapper quelqu’un le prit : ”Petit connard! Hurla-t-il.

_ Ca c’est pour toi, sourit Athena en regardant Hermes.

_ J’ai réglé le problème avec Maman. C’est pour ça que je suis là.

_ Tu mériterais que je t’explose la gueule!

_ Ce n’est pas pressé. Dit Hermes. On est là pour finir de régler le problème.

_ Quel problème? Demanda Zeus.

_ La malédiction d’Hera. Dit Athena. En apprenant que tu avais une nouvelle fille cachée, Hera a pêté un plomb et a maudit l’enfant. Aujourd’hui, on fait face aux conséquences de cette malédiction.

_ Quel enfant?

_ Moi. Dit Olivia en levant la main timidement.”


Zeus dévisagea la femme en face de lui. Il y avait quelque chose, un quelque chose qui faisait penser à Artémis et Apollon. Peu de doutes possibles, celle-là était aussi de lui. “Tu t’appelles comment petite?”

Le terme était mal choisi, elle devait avoir au moins cinquante ans.

“Olivia Martin. Vous êtes vraiment mon père?

_ On a le temps pour ça? Demanda Hermes.

_ Ta gueule. Coupa Athena. On n’est plus à cinq minutes.”

Zeus emmena ses trois invités dans son atelier. En traversant la cour, il discutait avec Olivia, pendant que les deux dieux derrière eux fermaient la marche en refusant de se parler, et même de se regarder. Olivia expliqua à Zeus la malédiction qui lui avait été lancée.

“Je comprends ma petite fille, mais tu vois bien que je ne peux pas faire grand chose. Je ne te connais pas, ta grande peur, ça ne me dit rien, et ta créature, parlons-en, je n’y connais rien à vos ordinateurs.

_ Vous ne pourrez rien faire alors?” Demanda Olivia, déçue de constater l’impuissance de celui qu’elle imaginait déjà omnipotent.

Athena intervint tandis que le groupe s’installait dans l’atelier de Zeus :”En fait si, tu peux faire un truc. Olivia, on fait comme on a dit.” Olivia fit oui de la tête et sortit de son sac un ordinateur portable. Elle lança la suite de logiciels correctifs comme prévu. “Et maintenant? Il faudrait une coupure généralisée de tous les ordinateurs du monde pour régler le problème. Dit Hermes, pas convaincu.

_ C’est là que tu intervient. Dit Athena en regardant Zeus.

_ Qu’est-ce que je peux faire? Répondit-il.

_ Quand Olivia te le dit, tu coupes le courant. Partout. Tous les ordinateurs et tous les appareils. Tu coupes juste trois secondes et tu redémarres tout.

_ Pourquoi?

_ Comme ça, les ordinateurs devront tous redémarrer et pourront faire leurs mises à jour. Dans quelques minutes tout sera réglé.

_ De nos jours on règle les malédictions d’Hera en dix minutes? Demanda Zeus. Le niveau baisse.

_ Ca fait un moment qu’on bosse dessus dit Athena. Jusqu’ici, le niveau était plutôt balaise en fait.”

La Malédiction de la Déesse (36)


*** Hermes ***


La sonnerie de la porte retentit alors qu’Hermes venait seulement de s’asseoir à son bureau et de démarrer son ordinateur tout neuf. Il avait été livré à la loge de la gardienne et était aller chercher immédiatement son nouveau jouet. Il espérait pouvoir se mettre rapidement au travail, mais il daigna se lever et prit la direction de la porte d’entrée. Il n’avait pas particulièrement souhaité être dérangé à ce moment, puisqu’il voulait travailler à la résolution définitive du problème Harpocrate.

Il ouvrit la porte, en grognant. Sur le palier, Athena attendait, en compagnie de quelqu’un qu’il connaissait mais ne reconnut pas immédiatement. Il l’avait vue récemment. Une histoire d’argent. Peu importe. “Salut Cathy Tu as eu mon message?

_ Ne m’appelle pas comme ça tocard. Je suis venue parce qu’on n’a pas le choix.

_ Tu es venue parce que je t’ai convoquée. C’est qui ta copine?”

A ce moment, Olivia reconnut Hermes :”Vous? C’est vous qui m’avez fait ce chèque en bois il y a quelques jours. Vous m’avez foutue dans la merde!

_ Elle te connait déjà. On va gagner du temps” dit Athena qui désignait déjà Hermes du doigt : “Olivia, je vous présente Hermes. Tocard, je te présente Olivia Martin, la victime de tes magouilles merdiques et de la malédiction d’Hera.”


Hermes fut alors frappé par une évidence. La gamine maudite par Hera et la responsable de la création d’Harpocrate étaient la même personne. Pas étonnant qu’elle ait l’air dans un état déplorable en ce moment. Il proposa aux deux femmes d’entrer et les conduit dans son bureau :”Olivia. Je ne savais pas que c’était vous. Hera m’a parlé de la malédiction il y a deux jours seulement. Et elle m’a prié de vous assister.

_ Et elle t’a prié de ne pas foutre ta merde cette fois?

_ Evidemment. Mais je ne vais pas faire ça pour toi, mais pour elle. Parce que Mère l’a ordonné.

_ Faux cul. Tu as foutu tout le monde dans la merde et là tu viens faire ton fayot. Tu mériterais que je t’écartèle.

_ C’est moi que tu traites de faux-cul? Tu es gonflée espèce de garce.

_ Dites!” Olivia venait de hausser le ton. “Vous ne voulez pas faire la paix cinq minutes. Le temps que l’on voie ce qu’on peut faire?

_ Vous avez raison, répondit Athena.

_ Mon ordinateur est à votre disposition, Olivia, ajouta Hermes. J’ai déjà fait quelques tests si vous voulez.” Hermes sortit un CD d’une boîte et l’inséra dans le lecteur de son ordinateur. “Voilà. J’en suis là. Mais je bloque sur certaines redondances de votre programmation.

_ C’est exprès, répondit Olivia. Pour éviter des bugs. Je peux m’installer et corriger directement?

_ Evidemment.” Tandis qu’Olivia s’installait et se mettait au travail sur son code, Athena quitta la pièce quelques instants, ne pouvant pas supporter la seule présence du dieu ailé.


“Il va rester un problème, affirma Olivia. Je peux corriger le bug, mais pour régler définitivement le problème, il faudrait envoyer le correctif à tous les ordinateurs infectés en même temps.

_ C’est possible ça? Demanda Hermes.

_ Oui et non. On peut envoyer le correctif mais le logiciel d’origine est déjà trop bien implanté. Il faudrait que tous les ordinateurs du monde s’éteignent en même temps, à une heure précise, pour que le correctif soit actif au bon moment et règle définitivement le problème.

_ Je ne vois pas comment on pourrait arrêter en même temps tous les ordinateurs du monde. Répondit Hermes, inquiet.

_ Moi je sais.” Dit Athena en passant la tête par la porte du bureau. “Olivia, préparez votre logiciel pour que le correctif soit téléchargé partout dans deux heures. Quand vous aurez terminé, on va reprendre la route et régler le problème tous ensemble. Tocard, tu viens avec.”


*** Paul ***


Paul avait pris beaucoup de temps pour se décider. Il s’en était rendu compte quand il avait vu l’air un peu excédé sur le visage du lieutenant colonel Remy. Ils avaient pris la direction du seizième arrondissement pour retrouver l’agent qui attendait sur place. La rue de Rivoli était encombrée et ils perdirent une dizaine de minutes dans un embouteillage à quelques minutes du louvre, là où deux bus touristiques essayaient de se frayer un passage dans un endroit prévu pour le passage de calèches hippotractées.

Ils arrivèrent à l’adresse que Rémy leur avait donné en moins d’une heure, Paul était déjà prêt à descendre de la voiture et avait ouvert sa portière quand Rémy reçut un nouveau coup de téléphone. Paul n’entendait pas ce qui se disait de l’autre côté du fil et il était déjà hors du véhicule quand Rémy baissa la vitre de son côté pour parler à son supérieur : ”Mauvaise nouvelle, on a fait ce trajet pour rien. La cible a quitté la zone il y a une vingtaine de minutes, ils sont de retour dans le troisième, ils s’apprêtent à entrer dans une boutique d’horlogerie. J’ai les coordonnées.

_ On y va et hors de question de les rater cette fois. Cria Paul.”


Il remonta dans le trafic, d’humeur massacrante. C’est lui qui devrait recevoir ces coups de fils, pas son subordonné. D’autant plus qu’à cause de ce décalage, il avait perdu du temps et risquait de rater encore sa cible. Cette fois, si cette madame Martin leur échappait, il prendrait des sanctions.

Sur le trajet, Paul donna ses instructions à son équipe. La priorité, c’était la capture de cette femme et l’obliger à régler le problème Harpocrate. Les témoins ne devaient pas être inquiétés et il fallait quitter les lieux avec une solution définitive.

La Malédiction de la Déesse (35)

*** Olivia ***


Alors qu’elles prenaient le chemin de l’hôtel particulier du dieu psychopompe, Olivia reçut un texto d’un de ses amis programmeurs :”Tu devrais jeter un oeil aux infos si tu ne l’as pas déjà fait. On parle de toi.” Sans tarder, Olivia se connecta sur un site d’informations en ligne et y découvrit qu’Harpocrate faisait désormais la une. Son nom était cité à plusieurs reprises et les commentaires la trainaient directement dans la boue. Pour la plupart des journalistes , elle était incompétente, ou stupide, et les quelques uns qui tentaient de justifier de la qualité de son travail se faisaient troller immédiatement par des hordes de ploucs déchaînés.

Elle céda sous la pression en faisant défiler rapidement la deuxième page de commentaires, sans même les lire vraiment. Le mot “incompétente”, répété à plusieurs reprises lui sautait aux yeux. Olivia versa une première larme qu’elle ne pouvait retenir, puis craqua et pleura d’un coup toutes les larmes de son corps.

“Ca ne va pas? Demanda Athena au volant.

_ Non ça ne va pas. Tout le monde m’insulte et me traite d’incompétente. Ce logiciel devait être mon chef d’oeuvre et tout est parti en vrille. Je suis une ratée.

_ Vous savez bien que vous avez joué de malchance et que ce n’est pas votre faute.

_ Oui, mais j’en subis les conséquences. Je ne sais plus quoi faire.

_ On va régler tout ça. Même avec l’aide de l’autre tocard s’il le faut.”


Olivia sécha une de ses larmes après un long sanglot. “Vous savez, ça me stresse toute cette histoire. J’espèrais avoir une reconnaissance mondiale et là, je découvre que tout le monde se moque de moi. Je ne suis plus rien.

_ Vous avez peur d’échouer?”

Olivia marqua une nouvelle pause. “Oui. C’est ça.

_ Alors j’ai une excellente nouvelle pour vous. Nous avançons.

_ Comment ça?

_ La malédiction. Votre plus grande peur. La voilà. La peur d’échouer.

_ Vous croyez?

_ Vu l’état dans lequel vous êtes, j’en suis certaine. Si vous arrivez à régler le problème de votre logiciel, vous aurez à la fois vaincu votre créature et votre plus grande peur.

_ Vous avez sûrement raison. Il ne restera qu’à vaincre mon pire ennemi, mais je ne sais toujours pas qui c’est.

_ J’ai ma petite idée maintenant.”


La voiture arriva devant l‘hôtel particulier d’Hermes au moment où la déesse finissait sa phrase. Athena, en sortant de la voiture répéta à Olivia ce qu’elle avait déjà entendu de la bouche de Thémis :”Connais-toi toi même. En découvrant votre plus grande peur, vous avez déjà bien progressé je crois.”

Olivia sécha définitivement ses larmes, pas encore persuadée qu’elle aurait désormais une chance de s’en sortir. Il lui suffirait de neutraliser un logiciel qu’elle avait créé. Et elle savait à peu près comment. Le reste découlerait de cette simple action. Elle était maintenant sûre de pouvoir retrouver sa tranquillité rapidement.


Alors qu’elles poussaient la porte de l’immeuble, l’homme de main du Lieutenant Colonel Rémy envoyait un nouveau rapport à son supérieur.

La Malédiction de la Déesse (34)

*** Athena ***


Athena et Olivia reprirent la voiture pour se rendre de l’autre côté du périphérique. Athena les avait menées près des entrepôts de Pantin qui se trouvaient à deux stations de métro de son appartement. En route, elles n’aperçurent pas le motard qui les suivait et s’arrêta juste derrière leur véhicule. Olivia regardait Athena d’un drôle d’air quand elle remarqua le peu de distance parcourue en voiture mais ne faisait aucun commentaire.

Charon avait installé depuis les années cinquante un entrepôt pour le transport de fret et depuis soixante dix ans, sa boîte fonctionnait plutôt bien. L’entrepôt était assez grand pour contenir six camions et sur la droite, un espace “administratif” était occupé par les bureaux du patron et des deux secrétaires chargées de presque tout le travail. Le patron ne ressemblait en rien à l’image traditionnelle du passeur du Styx. Athena présenta à Olivia un petit bonhomme gros et moustachu, avec un air vague de Freddie Mercury, en plus gras.

En revanche, le tempérament de la divinité était bien en rapport avec ce qu’Olivia attendait. L’homme était désagréable et obtus, il refusait d’aider qui que ce soit, car ses affaires l’occupaient jour et nuit.

Athena tenta bien de lui forcer la main, mais le passeur refusa toute négociation. Olivia quitta l’entrepôt la première, suivie de près par Athena qui semblait déçue par cette courte entrevue.

“Je suppose qu’on va enfin voir hermes? Demanda Olivia avec un sourire désagréable.

_ Pas tout de suite. Je veux passer à la maison pour voir si je n’ai pas de quoi faire chanter Charon.” Répondit Athena sans conviction.


Elles remontèrent dans la voiture et firent le trajet en sens inverse. Elles s’étaient absentées de chez Athena un peu moins d’une heure. En arrivant sur le palier, Athena remarqua immédiatement la porte défoncée. Elle se précipita dans l’appartement pour essayer d’y voir plus clair. Rien n’avait été volé. Athena en était presque certaine. Elle vérifia quand même toutes les pièces, par acquis de conscience.

Alors qu’elle comptait ses bijoux dans la salle de bains, Olivia, restée dans le salon appelait la déesse :”Athena, vous avez un message!

_ Comment?

_ Sur la table du salon. Il y a un papier, écrit en grec sous votre tasse Mickey. Je ne me souviens pas l’avoir vu en sortant.” Athena revint dans le salon et vit le courrier, écrit de la main d’Hermes, avec son écriture inimitable.

“Ce petit con me convoque chez lui! Vous vous rendez-compte? Il me convoque ce connard!”


*** Lieutenant colonel Stéphane Remy ***


A l’arrière du trafic, les quatre hommes de l’escouade Rémy regardaient le paysage parisien sans être convaincus de l’intérêt de ce qu’ils faisaient. A l’avant, Paul Lachlan avait pris la direction des opérations et tous étaient persuadés que ce n’était pas forcément une bonne chose. Lachlan était excité comme une puce, sûrement parce qu’il s’agissait de la première fois qu’il devait prendre en main une équipe.

Arrivés en bas de l’immeuble de leur cible, Rémy reçut un SMS. C’était Gallois, le membre de l’équipe que Rémy avait envoyé suivre cette fameuse Olivia Martin. Les deux femmes venaient de prendre leur voiture pour faire un aller retour à Pantin, dans une société de transport, puis étaient revenues rapidement chez la seconde. Dans un deuxième texto, presque vingt minutes plus tard, Gallois expliquait qu’elles prenaient à nouveau la voiture et se dirigeaient vers l’ouest.

Rémy hésita un moment avant de donner cette information à Lachlan. Il ne pouvait plus supporter l’air hautain de ce prétentieux sorti de sa grande école mais qui n’avait jamais mis les mains dans le cambouis.

Il fallut plus de cinq minutes à Rémy pour se décider à informer Lachlan des derniers mouvements de la cible. Lachlan décida de ne pas bouger pour le moment. La priorité restait à la mise en place d’un piège efficace pour capturer Olivia martin quand elle reviendrait chez elle.

Pour occuper ses hommes, Lachlan expliqua rapidement son plan et déploya les équipiers autour du pâté de maison. Il garda Rémy près de lui, peut être sans savoir pourquoi.

La Malédiction de la Déesse (33)


*** Hermes ***


Encore une fois, on s’en prennait à lui, alors qu’il n’avait fait que son travail. Ou du moins ce qu’il estimait être son travail.

Encore une fois, il allait devoir montrer qu’il était le plus raisonnable.

Encore une fois, il allait devoir arranger les affaires de tout le monde, sauf les siennes.

Et encore une fois, il s’était fait engueuler alors qu’il voulait le bien de tous.

Hermes était sorti de chez lui quelques minutes après le départ d’Hera et avait pris un taxi pour se rendre chez cette vieille bique d’Athena. Il n’avait aucune envie de parler à cette prétentieuse qui savait toujours tout, d’autant plus que pour le moment, il avait du boulot pour régler le problème Harpocrate et il estimait qu’aider une morveuse à régler ses petits soucis personnels ne lui apporterait pas grand chose.


Il rumina pendant tout le trajet en taxi, trajet qui fut rallongé parce qu’il demanda expressément au conducteur de passer par Barbès et la Chapelle. Plus il arriverait tard chez sa soeur, plus il aurait de chances d’être de bonne humeur au moment où la porte lui serait ouverte -si cette pimbêche daignait lui ouvrir.

En arrivant à Stalingrad, Hermes se dit qu’il pourrait rebrousser chemin et prétendre devant Hera, le coeur sur la main, qu’il était allé chez Athena mais qu’elle lui avait claqué la porte au nez. Avec un peu de chances, il n’y aurait aucune conséquence et il pourrait retourner à son travail rapidement, plutôt que de s’encombrer de l’autre tarée et d’une énième bâtarde de Zeus.


Hermes demanda au chauffeur du taxi de le laisser à la sortie de Paris, au bord du périphérique intérieur. Ca le forcerait à marcher encore quelques minutes avant de se trouver en base du HLM moche dans lequel vivait la déesse.


Le dieu monta les marches jusqu’au troisième en râlant. Il aurait pu monter les escaliers quatre à quatre et en apnée, mais la motivation n’y était vraiment pas. Devant la porte palière, il hésita encore une dernière fois puis frappa à la porte de Catherine Costa. Trois coups. Pas trop fort, comme s’il ne voulait surtout pas qu’elle réponde. Après deux minutes d’attente, il frappa à nouveau et en l’absence de réponse, il finit par sonner mais on ne lui ouvrit pas.

Déçu de se faire refouler ainsi, il fractura la porte d’un coup d’épaule et entra. Si Athena était là mais refusait de le voir, elle allait l’entendre! Et sinon, il verrait bien.

Il fouilla sommairement le trois pièces à la recherche de la déesse qui n’était plus là. Il n’avait pas envie de s’attarder. Il avait fait le premier pas, il était venu chez cette emmerdeuse, et Hera pourrait certainement s’en satisfaire. Il griffonna un petit mot à l’attention de sa soeur sur une facture d’électricité qui trainait sur un bureau et laissa le message sur la table basse du salon, sous un mug Disney moche à moitié plein qui traînait là.


*** Lieutenant Colonel Stephane Remy ***


“Puisque vos méthodes ne donnent rien, je prends les choses en main”, dit Paul, trempé par la pluie à la petite équipe d’agents d’élite qui le regardaient avec dépit. “Vous êtes mauvais, je m’occuperai donc de tout.” Se tournant vers le lieutenant colonel Albert - Albert ou autre chose? - il ajouta :”Toute votre équipe est là? Alors vous me les envoyez chez la cible. On l’attend et on la capture. Je ne tolèrerai plus d’erreurs.

_ Il manque un de mes hommes.

_ Où est-il?

_ Il a suivi la cible avant que vous n’arriviez. Il cherche des informations utiles pendant qu’on perd notre temps à attendre ici.

_ Pas d’insolence je vous prie, réagit Paul. Il nous rattrapera quand cette femme rentrera chez elle. Et il a intérêt à aider à sa capture, ou je fais un rapport pour mentionner sa désertion.”

Remy trouvait la journée longue, très longue, et il espérait maintenant qu’elle se terminerait bientôt. Il n’avait jamais eu autant envie de tuer son supérieur hiérarchique et de se débarrasser du corps dans une décharge.

Paul Lachlan s’installa à l’avant de la camionnette de l’équipe Remy et attendit que le reste des équipiers le rejoigne à l’intérieur.

La Malédiction de la Déesse (32)


*** Hera ***


“Assieds-toi.” Le ton de la déesse était strict. Elle était en colère et voulait que ça se sache. Hermes ne l’avait pas vue dans un tel état depuis qu’ils avaient quitté la Grèce. A cette occasion, Hera avait été tellement en colère qu’une vague sans précédent d’accouchements prématurés avaient eu lieu en moins d’une minute. Penaud, Hermes s’assit en face de la déesse.

“Mère? Que puis-je faire pour vous satisfaire? Demanda Hermes.

_ Ta gueule. Intima Hera. Je parle. Tu écoutes et tu fermes ta gueule. J’ai discuté avec ton père et tu nous a foutu dans la merde tous les deux. Tu te crois où? Quand on te dit de porter un courrier, tu emmènes le courrier et son contenu et tu ne le lis pas. Et encore moins tu en changes le contenu. Compris?

_ Oui mère.

_ C’est la dernière fois que je te le dis. Maintenant, il va falloir te faire pardonner. J’en ai marre de tes conneries. Et à cause de toi, je rate mon feuilleton.

_ Vous l’enregistrez comme je vous l’ai montré sur l’appareil que j’ai installé dans votre salon?

_ Oui, mais c’est mieux en direct, sinon je prends du retard, disait la déesse en s’apaisant un peu..

_ Je suis sûr que vous arriverez à suivre mère.

_ Evidemment j’arrive à suivre. Les histoires de cul de l’Olympe étaient plus difficiles à suivre que ces petites histoires. Et ce n’est pas la question. J’ai dit tu fermes ta gueule et tu m’écoutes sinon je vais perdre le fil.

_ Oui mère.

_ Vas me chercher une bière.”


Hermes se leva et se dirigea vers la cuisine. A mi-chemin, il se retourna. “Mère, j’ai peur de ne pas en avoir. Je peux vous amener du vin? J’ai un petit bordeaux de 1954 qui pourrait vous plaire.

_ Non. Laisse tomber ta piquette et reviens.”

Hermes fit à nouveau demi-tour. Il attendit un geste d’Hera pour s’asseoir.

“Maintenant, il faut qu’on cause du bordel que tu as foutu.

_ A quel moment? Encore cette histoire en Grèce?

_ Non. La lettre anonyme que tu as écris dans les années soixante. Tu sais qu’à cause de toi, j’ai maudit la gamine?

_ La gamine a cinquante ans, ce n’est plus tout à fait une gamine.

_ Ce n’est pas la question. J’ai chargé Catherine d’aider cette gosse. Sauf qu’elles rament toutes les deux. Il y a du boulot et elles ont du mal à s’en sortir. Alors tu vas les aider.

_ Mais pourquoi? Je ne suis au courant de rien et il me semble que Catherine est vachement plus forte que moi. En tout d’ailleurs.

_ Tu lui serviras d’assistant. Tu feras le café, n’importe quoi. Je m’en fous. Tu y vas. Et tu aides. Et si Athena te demande de te rouler dans la merde pour te faire pardonner, tu le fais. Sinon ça va chier.

_ Oui mère.

_ Et maintenant je me casse. J’ai besoin d’une bière et ton truc d’enregistrement ça ne vaut rien.”


Sur le chemin du retour, un jeune homme céda sa place dans le métro à la déesse. Elle lui sourit et le remercia chaleureusement. Le soir même, le jeune homme qui jouait depuis trois ans en vain gagnait la somme exacte dont il avait besoin à l’euromillions pour abandonner son travail de télévendeur et ouvrir la fromagerie de ses rêves dans le Cantal.


*** Olivia ***


“Vous n’avez qu’à y aller toute seule” criait la déesse. “Je refuse de voir ce con.

_ Il va falloir être raisonnable, dit Olivia. Si on veut avancer dans cette histoire, j’ai besoin de votre aide. Je ne peux pas aller chez Hermes toute seule. Je ne sais même pas où c’est.

_ Ca tombe bien, on n’y va pas. On va chez Charon et lui saura vous aider.

_ Vous y croyez vraiment?

_ Pas le choix. Je ne veux plus voir ce connard d’Hermes.

_ Et si Charon ne peut rien faire?

_ On verra si ça arrive, mais pour moi, c’est non.

_ Vous êtes la déesse de la sagesse non? Vous ne voulez pas vous montrer sage?

_ Je veux bien être sage. Mais il faut arrêter de déconner. Je n’irai pas chez l’autre tâche.

_ Tout ça pour une histoire vieille de mille cinq cent ans. Franchement, vous vous prenez le chou pour rien.

_ Ca c’est mon problème ma petite dame. Vous n’étiez pas née. Vous ne pouvez pas juger.

_ Admettons. Je fais un effort. On va voir Charon. Et s’il ne peut rien faire, vous acceptez de me conduire chez Hermes, vous me le présentez et ensuite vous partez et je me débrouille avec lui.

_ Mais il va vous retourner comme une crêpe. Vous ne pourrez pas vous défendre, c’est un expert en manipulation. A côté de lui, vos politiciens modernes font figure d’enfants de choeur.

_ Vous m’aiderez alors? Je ne peux pas m’en sortir seule manifestement. Et vous avez promis à Heta.

_ Si Charon ne peut rien faire…” Athena prit un moment pour réfléchir :” Admettons, vous avez gagné.”


Olivia imprima sur son visage un grand sourire qui laissa la déesse perplexe.

La Malédiction de la Déesse (31)


*** Athena ***


“Vous avez raison, dit Athena en s’affalant dans son fauteuil, comme si ses jambes n’étaient plus en mesure de la supporter. Il vaut mieux que je vous raconte tout, les non-dits ce n’est pas bon. Mais essayez de ne pas m’interrompre, je risquerais de me perdre dans l’histoire.”

Olivia acquiesça sans rien dire, ni faire remarquer à la déesse qu’elle ne lui avait même pas proposé un verre d’eau.


“L’histoire que je vais vous conter date d’un peu plus de mille neuf cent ans. A l’époque, la Grèce avait été conquise par les romains, mais cela ne changeait pas grand chose pour nous, les dieux de l’Olympe. En vérité, ça nous faisait du bien parce que les romains ont rapidement copié notre culture et nos usages et ont fait leur notre Panthéon. C’est pourquoi vous connaissez aussi Zeus sous le nom de Jupiter par exemple.

“Bref, jusqu’ici tout allait bien. Jusqu’à l’apparition d’une secte quelque part dans un recoin de l’Empire. Cette secte prônait, comme tant d’autres à l’époque, l’existence d’un dieu unique, et a eu la chance de pouvoir se répandre dans tout l’Empire. J’ignore le pourquoi du comment, mais d’après ce que j’ai compris, l’uniformité du territoire romain et une politique de conversions agressive auraient permis à ce culte de se développer rapidement quand d’autres cultes similaires sont restés à l’état de sectes régionales.

“Au départ, cette secte posait des problèmes aux autorités puisque ce dieu unique entrait directement en conflit avec le pouvoir romain, pour qui l’Empereur était un dieu devant lequel il fallait se prosterner. En tant que divinités grecques, ce concept ne nous dérangeait pas, mais il faut croire que pour d’autres, c’était problématique.

“S’ensuivit une période de conflits plus ou moins ouverts entre les partisans du dieu unique et les polythéistes. Les polythéistes étaient au pouvoir, mais la secte chrétienne, puisque c’est ainsi qu’on les appelait, prenait de l’ampleur et touchait de plus en plus de gens.

“Vers l’an 300, un Empereur choisit de se convertir à la nouvelle religion et là, l’histoire était pliée. Le christianisme se répandit dans tout l’Empire et on convertit, plus ou moins de force, l’ensemble de la population à ce culte, faisant tomber le polythéisme dans l’oubli.”


Athena marqua une pause pour s’assurer qu’Olivia suivait bien le déroulé de l’histoire. “Jusqu’ici, cette histoire peut se retrouver dans à peu près n’importe quel manuel scolaire d’histoire de l’Europe. Ce que les livres d’histoire ne racontent pas, c’est le rôle d’Hermes dans l’explosion de cette religion chrétienne.

“Au tout début de cette histoire, la cinquantaine de chrétiens au monde n’en a rien à foutre de l’empire, de rome, de l’empereur ou du pouvoir. Ils veulent faire leur truc, de leur côté, isolés du monde et vivre à leur façon sans déranger les autres. En gros, ils vivent comme les hippies des années soixante dix et ils le vivent très bien.

Dans la bande, un des mystiques avait déjà fait partie de plusieurs sectes, c’est celui que l’on nomme André aujourd’hui. Ce type, plutôt intelligent et ouvert d’esprit,avait fréquenté divers cultes à mystères avant de se retrouver dans la bande des apôtres. Et parmi ces nombreux cultes, il a longtemps été un fidèle d’Hermes, sous une forme orientale aujourd’hui oubliée.

Hermes a été chatouillé par l’abandon d’un de ses fidèles. Il faut dire qu’à l’époque, il n’avait pas grand chose à foutre. Il est donc allé voir ce qui s’était passé. Il a rencontré Jésus, a discuté avec les différents protagonistes de l’histoire et je pense qu’il a quelque chose à voir avec la trahison du fameux Judas. Mais je ne veux pas accuser sans preuves.

Pour faire court, André est vite devenu le petit chouchou d’Hermes. Je les soupçonne même d’avoir été ensemble à un moment. Quand Jésus se fait crucifier, les apôtres voient que les choses tournent mal pour eux et décident de se séparer. André choisit de s’exiler vers la Grèce, sûrement sous l’impulsion de l’autre tocard, et là, il va réunir de petites bandes d’adeptes de sa religion.

“Le problème dans l’histoire, c’est qu’Hermes va tout faire pour aider son petit protégé. Et en quelques semaines, la petite secte familiale va séduire plusieurs cités, dont des centres culturels importants. En quelques années, la quasi-totalité de la péninsule est convertie ou sympathisante et comme les riches romains viennent en Grèce pour parfaire leur éducation et pour se reposer, les idées chrétiennes prennent racine dans l’empire assez rapidement.

“Jusque là, vous arrivez à suivre?”


Olivia hocha de nouveau la tête. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi tout le monde en voulait à Hermes, mais au moins, cette partie de l’histoire était claire.

“Et là, on saute environ deux cent cinquante ans et on arrive en 300 et quelques, au moment où tout bascule. A cette époque, le christianisme n’est pas vraiment légal dans l’Empire Romain, et pour le moment, les dieux de l’Olympe sont encore en haut du classement. Sauf que l’Empereur tombe malade. Il consulte différents oracles, pythies, aruspices, et finit dans un temple d’Hermes, un peu par hasard.

Alors qu’il prie en public, un vieux mendiant l’accoste. Aujourd’hui, tout le monde sait que ce mendiant n’est autre qu’Hermes qui ne pouvait pas laisser un Empereur entrer dans un de ses temples sans rien faire. Et au cours de la discussion, Hermes lâche le nom de Jésus et envoie l’Empereur vers une église chrétienne près d’Athènes. L’église est bâtie près d’une source d’eau pure et l’Empereur finit par guérir grâce à une diète sévère, mais cette andouille est persuadée d’avoir été sauvée par ses prières au dieu unique. Et là, je pense que vous comprenez tout.

“L’Empereur abandonne son vieux polythéisme et en quelques décennies, tout l’Empire romain nous lâche. Les chrétiens dominent et nos statuts divins en prennent un coup. Notre pouvoir baisse et nous ne pouvons plus faire grand chose. On en est réduit à survivre comme on peut.

“Pire, après avoir été pourchassés par les autorités pendant quelques décennies, les chrétiens au pouvoir décident de s’en prendre aux anciens cultes païens. Et en Grèce, les chrétiens n’y sont pas allés de main morte. Ils ont tellement bien fait le boulot que tous les lieux de culte anciens sont transformés en champs de ruine en l’espace de quelques mois. Vous avez déjà visité le Parthénon par exemple?

“Bref, pour nous, c’est la catastrophe et, par la faute d’Hermes et de ses négligences, nous avons perdu nos pouvoirs, nos domaines et nos fidèles. Merci Nikos.”

La Malédiction de la Déesse (40)

*** 1969 *** Hermes terminait son quatrième verre de ricard en compagnie de Dyonisos et de Pan, tous deux vêtus à la dernière mode, avec la ...