dimanche 20 décembre 2020

La Malédiction de la Déesse (40)

*** 1969 ***


Hermes terminait son quatrième verre de ricard en compagnie de Dyonisos et de Pan, tous deux vêtus à la dernière mode, avec la coupe de cheveux copiée sur ce fameux John Lennon qui faisait fureur en ce moment. Hermes, en comparaison, faisait figure de précurseur avec une tenue affro très colorée, qui faisait déjà un tabac de l’autre côté de l’Atlantique. Il considérait son verre avec attention, se demandant, en sachant pertinemment qu’il le ferait plus tard, s’il fallait commander immédiatement un petit cinquième. Pan commençait déjà à fermer les yeux de sommeil tandis que Dyonisos discutait avec agitation :”Mais je te jure qu’il l’a baisée.

_ Non, mais on n’a pas de preuve. Tu sais bien qu’il fait gaffe maintenant.

_ Il fait gaffe à quoi? Ne pas se faire chopper ou arrêter de baiser tout ce qui bouge?

_ Ca il n’arrêtera jamais, tu le connais. Mais il fait gaffe à ne plus se faire chopper. La dernière fois, Hera a quand même dévasté une région entière pour une petite histoire de cul.

_ De cul c’est vite dit.

_ Du cul à sa façon, il avait fait tomber une pluie d’or sur la fille. Mais quand même.

_ En tous cas, celle-là, il l’a baisée. A l’ancienne, tous nus dans le foin.”


Hermes avait finit par lever la main pour commander le verre suivant. En attendant la serveuse, il voulait clarifier la situation avec son fils :”Mais tu as des preuves de ça?

_ Ben oui. La fille est tombée enceinte. Répondit Dyonisos.

_ Ah ben merde alors. Et maman n’est pas au courant?

_ Je ne pense pas. Elle n’a pas entendu parler de ça. Surtout s’il fait gaffe.

_ J’espère qu’elle ne va pas le prendre mal.

_ Pourquoi elle le prendrait mal, si personne ne lui dit rien?

_ Ce n’est pas très moral. J’ai une information, je suis le messager des dieux, mon boulot, c’est de passer le message.

_ Oui mais là, elle va mal le prendre, tu le sais bien.

_ C’est un cas de conscience…”


Ils discutèrent de tout et de rien pendant le reste de la nuit. Après le septième verre, Hermes avait arrêté de compter, et il n’était pas encore minuit. Pour le moment, il retournait vers son domicile, titubant vaguement, en se demandant comment il allait formuler sa lettre pour Hera. Cette nouvelle n’allait pas lui faire plaisir.

Non, pas plaisir du tout.

 

 

*** Fin***

La Malédiction de la Déesse (39)


*** Brandon Cooper et Melinda Higgs ***


Brandon, resplendissant dans son costume clair, se servait un verre de scotch et ajouta la paire de glaçons qui ajouteraient un peu de fraîcheur à sa boisson. Son bureau était impeccable, tout en acajou et en bois nobles. Face à lui, Melinda, avec qui il venait de faire l’amour, était superbe dans sa robe de soirée bleu azur. Ils se connaissaient depuis quelques jours seulement, mais il l’appréciait déjà énormément. Son regard se fixa sur le décolleté de la superbe blonde aux lèvres humides avant qu’il ne lui dise :”Je t’aime”.

Melinda versa une larme, avala d’un trait son verre de vodka-cranberries et jeta le verre contre l’étagère derrière elle, celle qui comptait tant aux yeux de Brandon, celle où il stockait tous ses trophées prestigieux et sa médaille d’honneur du Congrès pour avoir sauvé la vie du président lors de cette opération délicate.

“Qu’avez-vous Melinda? Demanda-t-il en se jetant à ses pieds.

_ Je ne peux pas vous épouser. Répondit la jeune femme.

_ Mais pourquoi? Qu’ai-je fait?

_ Ce n’est pas vous. Mais nous...”


L’écran de l’appareil de télévision devint brusquement noir. Hera se leva, furieuse .”Qui sont les enculés qui coupent la télé pendant mon feuilleton?” Elle saisit sa bière à côté d’elle et en vida le contenu en buvant directement au goulot, comme elle en avait l’habitude quand elle était d’humeur massacrante.

Trois secondes plus tard, la box redémarrait. L’écran de la télé afficha le message “pas de signal vidéo”, puis, quand le décodeur eut terminé sa réinitialisation, l’image revint.


“Je comprends Melinda. Dit brandon, manifestement déçu.

_ Je vous aimerais toujours. Répondit Melinda en se levant. Pardonnez-moi.”

La musique pleine de rythmes du feuilleton démarra pendant que le réalisateur terminait sa séquence sur un gros plan de la belle actrice qui incarnerait Melinda pendant encore trois épisodes, jusqu’à sa future chute de cheval et sa disparition de la série.


Hera changea de chaîne. Après son feuilleton, il n’y avait plus que des jeux auxquels elle n’avait rien compris, avec un animateur moche en petit costume ridicule et des petites boules de couleur. Avec un peu de chance, Hermes lui montrerait comment retrouver l’épisode du jour en entier sur le truc internet “replay” dont il parlait souvent.


*** Paul ***



Un téléphone de ce prix, avec une batterie toute neuve, qui tombait en panne. Dès que le réseau reviendra, Paul contactera en urgence l’opérateur pour se plaindre. La porte verte devant laquelle se trouvait était complètement bloquée. Peut être qu’un serrurier pourrait faire quelque chose. De dépit, Paul ordonna à un de ses N-1 de frapper à la porte, jusqu’à ce qu’on lui ouvre, en criant “police” ou quelque chose dans le genre, si besoin. Quelqu’un finirait bien par ouvrir.

Paul regarda son téléphone hors service, il était en train de redémarrer. Le réseau revint rapidement après la coupure.

Son homme de main frappait à la porte régulièrement, en criant “Services du premier ministre, veuillez ouvrir”. Mais rien ne se produisait. Comme si les gens qui se trouvaient derrière la porte étaient sourds, ou tout simplement trop loin pour entendre. Personne ne pouvait refuser d’ouvrir à quelqu’un qui demandait d’ouvrir de la part du premier ministre. Ce serait trop étrange.


Après cinq minutes à traîner devant une porte close, le lieutenant colonel Remy reçut un appel sur son téléphone sécurisé. “Monsieur?... Oui… Nous sommes devant l’atelier d’un horloger où la cible s’est réfugiée… Très bien… Je vous le passe…”

Il tendit son téléphone à Paul :”C’est pour vous monsieur.”

Paul prit l’appareil sans lire le nom affiché.

“Ici le Général. Je viens d’avoir des infos importantes. Le problème de ce logiciel est réglé. Vous étiez au courant?”

Paul fut confus une seconde. Il ignorait comment le problème aurait pu être résolu, puisque son équipe n’avait pas encore appréhendé la cible. Il tenta le coup de bluff :”Je suis au courant Général. J’espère que vous êtes satisfait.

_ Ca ira. Vous ramenez vos culs ici et vous dites à Remy de venir me voir. Pendant ce temps vous me rédigerez le rapport et je pense qu’on va revoir votre affectation en fonction de ce rapport. J’attends le papelard dans deux heures sur mon bureau.” le Général raccrocha.

“Lieutenant Colonel Rémy? Dit Paul, le Général vous attend. Messieurs, on rentre. Mission accomplie, je vous remercie.”


Ensemble, les agents secrets remontèrent dans leur fourgonnette dans un silence pesant.

La Malédiction de la Déesse (38)

*** Hermes ***


“Toi tu viens avec moi pendant que les filles bossent” Dit Zeus en prenant Hermes par le bras. Il l’emmena dans la cour et lui montra la porte du doigt :”J’ai l’impression que des gens essaient de pénétrer dans mon sanctuaire. Alors tu te démerdes comme tu veux, mais je ne veux pas qu’on soit dérangés.” Il laissa Hermes devant la porte et retourna avec Athena et Olivia. “Tu m’as compris hein? Si quelqu’un entre, tu le fumes, et ensuite, tu viens m’expliquer pourquoi tu l’as laissé entrer et je te fume…” prévint Zeus en montrant son foudre à Hermes.

Hermes se concentra sur la porte. Zeus avait raison. Derrière la porte, une escouade de types, plutôt costauds, s’acharnait sur la porte, pendant qu’un excité habillé en men in black haranguait ces hommes.

Hermes posa sa main droite sur la porte. Il prononça une phrase en grec ancien et autour de sa main, un halo de lumière jaune apparût. Il rayonnait depuis sa main sur la surface de la porte. De l’autre côté, les hommes avaient sorti un bélier pour défoncer la structure. Deux hommes avaient déjà pris leur élan et se jetaient sur la porte. Le sortilège d’Hermes prit effet à la seconde où le bélier d’acier touchait le métal vert. Dans les mains des deux hommes, le bélier se transforma en poussière. “Vous devriez essayer le coup du cheval de bois les mecs”, ricanna Hermes en retournant à l’atelier, fier de sa réussite.


*** Olivia ***


Le dieu messager revint quand Olivia finissait de lancer ses mises à jour. Zeus attendait dans la pièce, Foudre en main, Hermes demanda si tout allait bien. Athena le fit taire d’un regard. Olivia avait besoin de calme autour d’elle.

Elle était tendue. Autour d’elle, trois divinités jugeaient directement son travail et sur le net, des milliers de hackers, qui s’y connaissaient assez pour se permettre de donner un avis, attendaient de voir ce qu’elle pourrait faire. Sans tenir même compte des dizaines de milliers de trolls prêts à faire de même sans avoir les compétences nécessaires. Olivia avait du mal à se concentrer dans ses conditions. Habituellement, elle travaillait seule et son travail n’était pas jugé en direct mais bien après qu’elle ait terminé de programmer. Cette fois, elle devait faire ses preuves en temps réel et il lui faudrait se surpasser.


Quand elle estima avoir terminé ses derniers ajustements, Olivia souffla enfin. Elle avait fait ce qu’elle estimait être le plus simple, il ne lui restait plus qu’à appuyer sur un bouton, espérer que Zeus pourrait faire sa part et prier pour que ce plan fonctionne. Mais prier qui? Dans la situation actuelle, elle avait peur de choquer les personnes présentes dans la même pièce si elle faisait une prière inapropriée.

Avant d’appuyer sur la touche redoutée, elle se rappela que de toutes façons sa carrière était foutue sauf si cette mise à jour fonctionnait. Elle prit une dernière grande respiration puis cliqua, pleine d’espoir.

Quand la barre de téléchargement atteignit cent pour cent et que son logiciel était déjà en train de se répandre sur internet, Olivia dit à Zeus, d’une voix assurée :“Allez-y”.


Zeus claqua des doigts. Subitement, le courant fut coupé. Tous les appareils électriques du monde tombèrent en panne en même temps. Plus rien ne fonctionnait sur la planète. “Trois secondes pas plus, précisa Athena.

_ Il sait ce qu’il fait, fayotta Hermes.

_ Vos gueules. Je compte. Les coupa Zeus.”


Pour Olivia, le temps s’écoula très lentement. Ces trois secondes parurent durer une éternité. Quand Zeus claqua à nouveau des doigts, son ordinateur lança sa procédure de redémarrage. Son téléphone dans sa poche faisait de même. A cet instant, tous les appareils électriques au monde faisaient la même chose, ils se remettaient à jour en intégrant les modifications d’Harpocrate préparées par Olivia.

L’ordinateur portable qu’utilisait Olivia était une excellente machine et elle fut prête à travailler à nouveau en quelques secondes, tandis que les serveurs internet du monde entier mirent parfois plusieurs minutes à reprendre leur activité normale.

Olivia se jeta, avide de résultats sur la base administrateur de son logiciel, tout semblait normal, elle demanda à Hermes de vérifier ces données pendant qu’elle consultait les forums depuis son portable. Sur internet, passées quelques minutes, les commentaires étaient excellents. Quelques acharnés se plaignaient de la coupure de courant surprise, mais la majeure partie des spécialistes faisaient des commentaires élogieux sur le dernier opus d’Olivia.

D’un coup, elle venait de retrouver son statut de grande informaticienne aux yeux du monde entier et avait vaincu le bug d’Harpocrate. Hermes confirma que tout fonctionnait correctement à nouveau. Olivia se sentait rassurée et fière d’elle.


Athena vint poser sa main sur l’épaule d’Olivia :”Je crois que cette malédiction est levée ma chère.

_ Vous croyez?

_ Vous avez survécu à votre pire ennemi, vous-même, en vous surpassant, vous avez vaincu votre frayeur ultime, votre peur de l’échec et il me semble que vous avez terrassé votre créature. Et avec un certain panache. Le tout en une seule fois.

_ Vous avez sûrement raison. La malédiction est annulée alors?

_ J’ai l’impression. Je pense que vous allez pouvoir reprendre une vie normale.

_ Avec une nouvelle famille en bonus.”

Zeus leva un sourcil en entendant cette dernière phrase puis se dirigea vers le fond de l’atelier où il versa quatre verres d’ouzo à ses invités. Il fit un compliment à Olivia en lui tendant son verre et en donnant le sien à Hermes lui dit “Tout ça c’est ta faute, mais je suis de bonne humeur.”

La Malédiction de la Déesse (37)


*** Zeus ***


Dans l’imagination de Zeus, “Frapper à la porte” consistait à donner de légers coups sur une porte afin d’attirer l’attention des occupants des pièces derrière cette porte donnée. En ce moment, les tarés qui tambourinaient contre la porte devaient probablement être une horde de titans en colère qui cherchaient à se venger d’avoir été jetés dans le tartare après la guerre qui fit de Zeus le roi des dieux.

Inquiet de ce qui pouvait se trouver dans la rue, Zeus n’osa pas aller ouvrir trop vite. Avant même de sortir de l’atelier, il avait son foudre dans la main. Avec les titans, on ne savait jamais. Il s’approcha prudemment de la porte. Avant de poser la main sur le mécanisme d’ouverture, il soupira “Mais quel con. De quoi j’ai peur là. Je suis Zeus, pas question de trembler comme une petite vieille devant un punk à chiens.” Fort de sa détermination, il ouvrit la porte et tomba sur un trio improbable Hermes - Athena - une humaine inconnue.


*** Paul ***


La voiture qui conduisait Paul et son équipe arrivèrent à l’adresse que l’agent à moto leur avait communiquée. Ce dernier salua de la manière la plus militaire le lieutenant colonel Rémy et ses collègues et n’adressa qu’un simple bonjour à Paul. Sans en prendre ombrage - il faut savoir être magnanime avec les petits subordonnés, même si leur travail est médiocre - Paul lui demanda où était la cible. L’agent indiqua une porte verte en métal :”Ils viennent d’entrer là. Un vieux en tablier leur a ouvert. Il n’avait pas l’air content mais il les a laissés entrer.

_ Qui ils?

_ La cible, la femme qui l’accompagne depuis quelques jours et un type inconnu qu’elles sont parties chercher dans le seizième. Je ne connais pas les identités des deux autres.

_ On passe à l’action alors. Couvrez-moi, je vais les obliger à nous ouvrir et à se rendre”.


*** Zeus ***


Le roi des dieux avait à peine refermé la porte derrière ses visiteurs qu’une furieuse envie de frapper quelqu’un le prit : ”Petit connard! Hurla-t-il.

_ Ca c’est pour toi, sourit Athena en regardant Hermes.

_ J’ai réglé le problème avec Maman. C’est pour ça que je suis là.

_ Tu mériterais que je t’explose la gueule!

_ Ce n’est pas pressé. Dit Hermes. On est là pour finir de régler le problème.

_ Quel problème? Demanda Zeus.

_ La malédiction d’Hera. Dit Athena. En apprenant que tu avais une nouvelle fille cachée, Hera a pêté un plomb et a maudit l’enfant. Aujourd’hui, on fait face aux conséquences de cette malédiction.

_ Quel enfant?

_ Moi. Dit Olivia en levant la main timidement.”


Zeus dévisagea la femme en face de lui. Il y avait quelque chose, un quelque chose qui faisait penser à Artémis et Apollon. Peu de doutes possibles, celle-là était aussi de lui. “Tu t’appelles comment petite?”

Le terme était mal choisi, elle devait avoir au moins cinquante ans.

“Olivia Martin. Vous êtes vraiment mon père?

_ On a le temps pour ça? Demanda Hermes.

_ Ta gueule. Coupa Athena. On n’est plus à cinq minutes.”

Zeus emmena ses trois invités dans son atelier. En traversant la cour, il discutait avec Olivia, pendant que les deux dieux derrière eux fermaient la marche en refusant de se parler, et même de se regarder. Olivia expliqua à Zeus la malédiction qui lui avait été lancée.

“Je comprends ma petite fille, mais tu vois bien que je ne peux pas faire grand chose. Je ne te connais pas, ta grande peur, ça ne me dit rien, et ta créature, parlons-en, je n’y connais rien à vos ordinateurs.

_ Vous ne pourrez rien faire alors?” Demanda Olivia, déçue de constater l’impuissance de celui qu’elle imaginait déjà omnipotent.

Athena intervint tandis que le groupe s’installait dans l’atelier de Zeus :”En fait si, tu peux faire un truc. Olivia, on fait comme on a dit.” Olivia fit oui de la tête et sortit de son sac un ordinateur portable. Elle lança la suite de logiciels correctifs comme prévu. “Et maintenant? Il faudrait une coupure généralisée de tous les ordinateurs du monde pour régler le problème. Dit Hermes, pas convaincu.

_ C’est là que tu intervient. Dit Athena en regardant Zeus.

_ Qu’est-ce que je peux faire? Répondit-il.

_ Quand Olivia te le dit, tu coupes le courant. Partout. Tous les ordinateurs et tous les appareils. Tu coupes juste trois secondes et tu redémarres tout.

_ Pourquoi?

_ Comme ça, les ordinateurs devront tous redémarrer et pourront faire leurs mises à jour. Dans quelques minutes tout sera réglé.

_ De nos jours on règle les malédictions d’Hera en dix minutes? Demanda Zeus. Le niveau baisse.

_ Ca fait un moment qu’on bosse dessus dit Athena. Jusqu’ici, le niveau était plutôt balaise en fait.”

La Malédiction de la Déesse (36)


*** Hermes ***


La sonnerie de la porte retentit alors qu’Hermes venait seulement de s’asseoir à son bureau et de démarrer son ordinateur tout neuf. Il avait été livré à la loge de la gardienne et était aller chercher immédiatement son nouveau jouet. Il espérait pouvoir se mettre rapidement au travail, mais il daigna se lever et prit la direction de la porte d’entrée. Il n’avait pas particulièrement souhaité être dérangé à ce moment, puisqu’il voulait travailler à la résolution définitive du problème Harpocrate.

Il ouvrit la porte, en grognant. Sur le palier, Athena attendait, en compagnie de quelqu’un qu’il connaissait mais ne reconnut pas immédiatement. Il l’avait vue récemment. Une histoire d’argent. Peu importe. “Salut Cathy Tu as eu mon message?

_ Ne m’appelle pas comme ça tocard. Je suis venue parce qu’on n’a pas le choix.

_ Tu es venue parce que je t’ai convoquée. C’est qui ta copine?”

A ce moment, Olivia reconnut Hermes :”Vous? C’est vous qui m’avez fait ce chèque en bois il y a quelques jours. Vous m’avez foutue dans la merde!

_ Elle te connait déjà. On va gagner du temps” dit Athena qui désignait déjà Hermes du doigt : “Olivia, je vous présente Hermes. Tocard, je te présente Olivia Martin, la victime de tes magouilles merdiques et de la malédiction d’Hera.”


Hermes fut alors frappé par une évidence. La gamine maudite par Hera et la responsable de la création d’Harpocrate étaient la même personne. Pas étonnant qu’elle ait l’air dans un état déplorable en ce moment. Il proposa aux deux femmes d’entrer et les conduit dans son bureau :”Olivia. Je ne savais pas que c’était vous. Hera m’a parlé de la malédiction il y a deux jours seulement. Et elle m’a prié de vous assister.

_ Et elle t’a prié de ne pas foutre ta merde cette fois?

_ Evidemment. Mais je ne vais pas faire ça pour toi, mais pour elle. Parce que Mère l’a ordonné.

_ Faux cul. Tu as foutu tout le monde dans la merde et là tu viens faire ton fayot. Tu mériterais que je t’écartèle.

_ C’est moi que tu traites de faux-cul? Tu es gonflée espèce de garce.

_ Dites!” Olivia venait de hausser le ton. “Vous ne voulez pas faire la paix cinq minutes. Le temps que l’on voie ce qu’on peut faire?

_ Vous avez raison, répondit Athena.

_ Mon ordinateur est à votre disposition, Olivia, ajouta Hermes. J’ai déjà fait quelques tests si vous voulez.” Hermes sortit un CD d’une boîte et l’inséra dans le lecteur de son ordinateur. “Voilà. J’en suis là. Mais je bloque sur certaines redondances de votre programmation.

_ C’est exprès, répondit Olivia. Pour éviter des bugs. Je peux m’installer et corriger directement?

_ Evidemment.” Tandis qu’Olivia s’installait et se mettait au travail sur son code, Athena quitta la pièce quelques instants, ne pouvant pas supporter la seule présence du dieu ailé.


“Il va rester un problème, affirma Olivia. Je peux corriger le bug, mais pour régler définitivement le problème, il faudrait envoyer le correctif à tous les ordinateurs infectés en même temps.

_ C’est possible ça? Demanda Hermes.

_ Oui et non. On peut envoyer le correctif mais le logiciel d’origine est déjà trop bien implanté. Il faudrait que tous les ordinateurs du monde s’éteignent en même temps, à une heure précise, pour que le correctif soit actif au bon moment et règle définitivement le problème.

_ Je ne vois pas comment on pourrait arrêter en même temps tous les ordinateurs du monde. Répondit Hermes, inquiet.

_ Moi je sais.” Dit Athena en passant la tête par la porte du bureau. “Olivia, préparez votre logiciel pour que le correctif soit téléchargé partout dans deux heures. Quand vous aurez terminé, on va reprendre la route et régler le problème tous ensemble. Tocard, tu viens avec.”


*** Paul ***


Paul avait pris beaucoup de temps pour se décider. Il s’en était rendu compte quand il avait vu l’air un peu excédé sur le visage du lieutenant colonel Remy. Ils avaient pris la direction du seizième arrondissement pour retrouver l’agent qui attendait sur place. La rue de Rivoli était encombrée et ils perdirent une dizaine de minutes dans un embouteillage à quelques minutes du louvre, là où deux bus touristiques essayaient de se frayer un passage dans un endroit prévu pour le passage de calèches hippotractées.

Ils arrivèrent à l’adresse que Rémy leur avait donné en moins d’une heure, Paul était déjà prêt à descendre de la voiture et avait ouvert sa portière quand Rémy reçut un nouveau coup de téléphone. Paul n’entendait pas ce qui se disait de l’autre côté du fil et il était déjà hors du véhicule quand Rémy baissa la vitre de son côté pour parler à son supérieur : ”Mauvaise nouvelle, on a fait ce trajet pour rien. La cible a quitté la zone il y a une vingtaine de minutes, ils sont de retour dans le troisième, ils s’apprêtent à entrer dans une boutique d’horlogerie. J’ai les coordonnées.

_ On y va et hors de question de les rater cette fois. Cria Paul.”


Il remonta dans le trafic, d’humeur massacrante. C’est lui qui devrait recevoir ces coups de fils, pas son subordonné. D’autant plus qu’à cause de ce décalage, il avait perdu du temps et risquait de rater encore sa cible. Cette fois, si cette madame Martin leur échappait, il prendrait des sanctions.

Sur le trajet, Paul donna ses instructions à son équipe. La priorité, c’était la capture de cette femme et l’obliger à régler le problème Harpocrate. Les témoins ne devaient pas être inquiétés et il fallait quitter les lieux avec une solution définitive.

La Malédiction de la Déesse (35)

*** Olivia ***


Alors qu’elles prenaient le chemin de l’hôtel particulier du dieu psychopompe, Olivia reçut un texto d’un de ses amis programmeurs :”Tu devrais jeter un oeil aux infos si tu ne l’as pas déjà fait. On parle de toi.” Sans tarder, Olivia se connecta sur un site d’informations en ligne et y découvrit qu’Harpocrate faisait désormais la une. Son nom était cité à plusieurs reprises et les commentaires la trainaient directement dans la boue. Pour la plupart des journalistes , elle était incompétente, ou stupide, et les quelques uns qui tentaient de justifier de la qualité de son travail se faisaient troller immédiatement par des hordes de ploucs déchaînés.

Elle céda sous la pression en faisant défiler rapidement la deuxième page de commentaires, sans même les lire vraiment. Le mot “incompétente”, répété à plusieurs reprises lui sautait aux yeux. Olivia versa une première larme qu’elle ne pouvait retenir, puis craqua et pleura d’un coup toutes les larmes de son corps.

“Ca ne va pas? Demanda Athena au volant.

_ Non ça ne va pas. Tout le monde m’insulte et me traite d’incompétente. Ce logiciel devait être mon chef d’oeuvre et tout est parti en vrille. Je suis une ratée.

_ Vous savez bien que vous avez joué de malchance et que ce n’est pas votre faute.

_ Oui, mais j’en subis les conséquences. Je ne sais plus quoi faire.

_ On va régler tout ça. Même avec l’aide de l’autre tocard s’il le faut.”


Olivia sécha une de ses larmes après un long sanglot. “Vous savez, ça me stresse toute cette histoire. J’espèrais avoir une reconnaissance mondiale et là, je découvre que tout le monde se moque de moi. Je ne suis plus rien.

_ Vous avez peur d’échouer?”

Olivia marqua une nouvelle pause. “Oui. C’est ça.

_ Alors j’ai une excellente nouvelle pour vous. Nous avançons.

_ Comment ça?

_ La malédiction. Votre plus grande peur. La voilà. La peur d’échouer.

_ Vous croyez?

_ Vu l’état dans lequel vous êtes, j’en suis certaine. Si vous arrivez à régler le problème de votre logiciel, vous aurez à la fois vaincu votre créature et votre plus grande peur.

_ Vous avez sûrement raison. Il ne restera qu’à vaincre mon pire ennemi, mais je ne sais toujours pas qui c’est.

_ J’ai ma petite idée maintenant.”


La voiture arriva devant l‘hôtel particulier d’Hermes au moment où la déesse finissait sa phrase. Athena, en sortant de la voiture répéta à Olivia ce qu’elle avait déjà entendu de la bouche de Thémis :”Connais-toi toi même. En découvrant votre plus grande peur, vous avez déjà bien progressé je crois.”

Olivia sécha définitivement ses larmes, pas encore persuadée qu’elle aurait désormais une chance de s’en sortir. Il lui suffirait de neutraliser un logiciel qu’elle avait créé. Et elle savait à peu près comment. Le reste découlerait de cette simple action. Elle était maintenant sûre de pouvoir retrouver sa tranquillité rapidement.


Alors qu’elles poussaient la porte de l’immeuble, l’homme de main du Lieutenant Colonel Rémy envoyait un nouveau rapport à son supérieur.

La Malédiction de la Déesse (34)

*** Athena ***


Athena et Olivia reprirent la voiture pour se rendre de l’autre côté du périphérique. Athena les avait menées près des entrepôts de Pantin qui se trouvaient à deux stations de métro de son appartement. En route, elles n’aperçurent pas le motard qui les suivait et s’arrêta juste derrière leur véhicule. Olivia regardait Athena d’un drôle d’air quand elle remarqua le peu de distance parcourue en voiture mais ne faisait aucun commentaire.

Charon avait installé depuis les années cinquante un entrepôt pour le transport de fret et depuis soixante dix ans, sa boîte fonctionnait plutôt bien. L’entrepôt était assez grand pour contenir six camions et sur la droite, un espace “administratif” était occupé par les bureaux du patron et des deux secrétaires chargées de presque tout le travail. Le patron ne ressemblait en rien à l’image traditionnelle du passeur du Styx. Athena présenta à Olivia un petit bonhomme gros et moustachu, avec un air vague de Freddie Mercury, en plus gras.

En revanche, le tempérament de la divinité était bien en rapport avec ce qu’Olivia attendait. L’homme était désagréable et obtus, il refusait d’aider qui que ce soit, car ses affaires l’occupaient jour et nuit.

Athena tenta bien de lui forcer la main, mais le passeur refusa toute négociation. Olivia quitta l’entrepôt la première, suivie de près par Athena qui semblait déçue par cette courte entrevue.

“Je suppose qu’on va enfin voir hermes? Demanda Olivia avec un sourire désagréable.

_ Pas tout de suite. Je veux passer à la maison pour voir si je n’ai pas de quoi faire chanter Charon.” Répondit Athena sans conviction.


Elles remontèrent dans la voiture et firent le trajet en sens inverse. Elles s’étaient absentées de chez Athena un peu moins d’une heure. En arrivant sur le palier, Athena remarqua immédiatement la porte défoncée. Elle se précipita dans l’appartement pour essayer d’y voir plus clair. Rien n’avait été volé. Athena en était presque certaine. Elle vérifia quand même toutes les pièces, par acquis de conscience.

Alors qu’elle comptait ses bijoux dans la salle de bains, Olivia, restée dans le salon appelait la déesse :”Athena, vous avez un message!

_ Comment?

_ Sur la table du salon. Il y a un papier, écrit en grec sous votre tasse Mickey. Je ne me souviens pas l’avoir vu en sortant.” Athena revint dans le salon et vit le courrier, écrit de la main d’Hermes, avec son écriture inimitable.

“Ce petit con me convoque chez lui! Vous vous rendez-compte? Il me convoque ce connard!”


*** Lieutenant colonel Stéphane Remy ***


A l’arrière du trafic, les quatre hommes de l’escouade Rémy regardaient le paysage parisien sans être convaincus de l’intérêt de ce qu’ils faisaient. A l’avant, Paul Lachlan avait pris la direction des opérations et tous étaient persuadés que ce n’était pas forcément une bonne chose. Lachlan était excité comme une puce, sûrement parce qu’il s’agissait de la première fois qu’il devait prendre en main une équipe.

Arrivés en bas de l’immeuble de leur cible, Rémy reçut un SMS. C’était Gallois, le membre de l’équipe que Rémy avait envoyé suivre cette fameuse Olivia Martin. Les deux femmes venaient de prendre leur voiture pour faire un aller retour à Pantin, dans une société de transport, puis étaient revenues rapidement chez la seconde. Dans un deuxième texto, presque vingt minutes plus tard, Gallois expliquait qu’elles prenaient à nouveau la voiture et se dirigeaient vers l’ouest.

Rémy hésita un moment avant de donner cette information à Lachlan. Il ne pouvait plus supporter l’air hautain de ce prétentieux sorti de sa grande école mais qui n’avait jamais mis les mains dans le cambouis.

Il fallut plus de cinq minutes à Rémy pour se décider à informer Lachlan des derniers mouvements de la cible. Lachlan décida de ne pas bouger pour le moment. La priorité restait à la mise en place d’un piège efficace pour capturer Olivia martin quand elle reviendrait chez elle.

Pour occuper ses hommes, Lachlan expliqua rapidement son plan et déploya les équipiers autour du pâté de maison. Il garda Rémy près de lui, peut être sans savoir pourquoi.

La Malédiction de la Déesse (33)


*** Hermes ***


Encore une fois, on s’en prennait à lui, alors qu’il n’avait fait que son travail. Ou du moins ce qu’il estimait être son travail.

Encore une fois, il allait devoir montrer qu’il était le plus raisonnable.

Encore une fois, il allait devoir arranger les affaires de tout le monde, sauf les siennes.

Et encore une fois, il s’était fait engueuler alors qu’il voulait le bien de tous.

Hermes était sorti de chez lui quelques minutes après le départ d’Hera et avait pris un taxi pour se rendre chez cette vieille bique d’Athena. Il n’avait aucune envie de parler à cette prétentieuse qui savait toujours tout, d’autant plus que pour le moment, il avait du boulot pour régler le problème Harpocrate et il estimait qu’aider une morveuse à régler ses petits soucis personnels ne lui apporterait pas grand chose.


Il rumina pendant tout le trajet en taxi, trajet qui fut rallongé parce qu’il demanda expressément au conducteur de passer par Barbès et la Chapelle. Plus il arriverait tard chez sa soeur, plus il aurait de chances d’être de bonne humeur au moment où la porte lui serait ouverte -si cette pimbêche daignait lui ouvrir.

En arrivant à Stalingrad, Hermes se dit qu’il pourrait rebrousser chemin et prétendre devant Hera, le coeur sur la main, qu’il était allé chez Athena mais qu’elle lui avait claqué la porte au nez. Avec un peu de chances, il n’y aurait aucune conséquence et il pourrait retourner à son travail rapidement, plutôt que de s’encombrer de l’autre tarée et d’une énième bâtarde de Zeus.


Hermes demanda au chauffeur du taxi de le laisser à la sortie de Paris, au bord du périphérique intérieur. Ca le forcerait à marcher encore quelques minutes avant de se trouver en base du HLM moche dans lequel vivait la déesse.


Le dieu monta les marches jusqu’au troisième en râlant. Il aurait pu monter les escaliers quatre à quatre et en apnée, mais la motivation n’y était vraiment pas. Devant la porte palière, il hésita encore une dernière fois puis frappa à la porte de Catherine Costa. Trois coups. Pas trop fort, comme s’il ne voulait surtout pas qu’elle réponde. Après deux minutes d’attente, il frappa à nouveau et en l’absence de réponse, il finit par sonner mais on ne lui ouvrit pas.

Déçu de se faire refouler ainsi, il fractura la porte d’un coup d’épaule et entra. Si Athena était là mais refusait de le voir, elle allait l’entendre! Et sinon, il verrait bien.

Il fouilla sommairement le trois pièces à la recherche de la déesse qui n’était plus là. Il n’avait pas envie de s’attarder. Il avait fait le premier pas, il était venu chez cette emmerdeuse, et Hera pourrait certainement s’en satisfaire. Il griffonna un petit mot à l’attention de sa soeur sur une facture d’électricité qui trainait sur un bureau et laissa le message sur la table basse du salon, sous un mug Disney moche à moitié plein qui traînait là.


*** Lieutenant Colonel Stephane Remy ***


“Puisque vos méthodes ne donnent rien, je prends les choses en main”, dit Paul, trempé par la pluie à la petite équipe d’agents d’élite qui le regardaient avec dépit. “Vous êtes mauvais, je m’occuperai donc de tout.” Se tournant vers le lieutenant colonel Albert - Albert ou autre chose? - il ajouta :”Toute votre équipe est là? Alors vous me les envoyez chez la cible. On l’attend et on la capture. Je ne tolèrerai plus d’erreurs.

_ Il manque un de mes hommes.

_ Où est-il?

_ Il a suivi la cible avant que vous n’arriviez. Il cherche des informations utiles pendant qu’on perd notre temps à attendre ici.

_ Pas d’insolence je vous prie, réagit Paul. Il nous rattrapera quand cette femme rentrera chez elle. Et il a intérêt à aider à sa capture, ou je fais un rapport pour mentionner sa désertion.”

Remy trouvait la journée longue, très longue, et il espérait maintenant qu’elle se terminerait bientôt. Il n’avait jamais eu autant envie de tuer son supérieur hiérarchique et de se débarrasser du corps dans une décharge.

Paul Lachlan s’installa à l’avant de la camionnette de l’équipe Remy et attendit que le reste des équipiers le rejoigne à l’intérieur.

La Malédiction de la Déesse (32)


*** Hera ***


“Assieds-toi.” Le ton de la déesse était strict. Elle était en colère et voulait que ça se sache. Hermes ne l’avait pas vue dans un tel état depuis qu’ils avaient quitté la Grèce. A cette occasion, Hera avait été tellement en colère qu’une vague sans précédent d’accouchements prématurés avaient eu lieu en moins d’une minute. Penaud, Hermes s’assit en face de la déesse.

“Mère? Que puis-je faire pour vous satisfaire? Demanda Hermes.

_ Ta gueule. Intima Hera. Je parle. Tu écoutes et tu fermes ta gueule. J’ai discuté avec ton père et tu nous a foutu dans la merde tous les deux. Tu te crois où? Quand on te dit de porter un courrier, tu emmènes le courrier et son contenu et tu ne le lis pas. Et encore moins tu en changes le contenu. Compris?

_ Oui mère.

_ C’est la dernière fois que je te le dis. Maintenant, il va falloir te faire pardonner. J’en ai marre de tes conneries. Et à cause de toi, je rate mon feuilleton.

_ Vous l’enregistrez comme je vous l’ai montré sur l’appareil que j’ai installé dans votre salon?

_ Oui, mais c’est mieux en direct, sinon je prends du retard, disait la déesse en s’apaisant un peu..

_ Je suis sûr que vous arriverez à suivre mère.

_ Evidemment j’arrive à suivre. Les histoires de cul de l’Olympe étaient plus difficiles à suivre que ces petites histoires. Et ce n’est pas la question. J’ai dit tu fermes ta gueule et tu m’écoutes sinon je vais perdre le fil.

_ Oui mère.

_ Vas me chercher une bière.”


Hermes se leva et se dirigea vers la cuisine. A mi-chemin, il se retourna. “Mère, j’ai peur de ne pas en avoir. Je peux vous amener du vin? J’ai un petit bordeaux de 1954 qui pourrait vous plaire.

_ Non. Laisse tomber ta piquette et reviens.”

Hermes fit à nouveau demi-tour. Il attendit un geste d’Hera pour s’asseoir.

“Maintenant, il faut qu’on cause du bordel que tu as foutu.

_ A quel moment? Encore cette histoire en Grèce?

_ Non. La lettre anonyme que tu as écris dans les années soixante. Tu sais qu’à cause de toi, j’ai maudit la gamine?

_ La gamine a cinquante ans, ce n’est plus tout à fait une gamine.

_ Ce n’est pas la question. J’ai chargé Catherine d’aider cette gosse. Sauf qu’elles rament toutes les deux. Il y a du boulot et elles ont du mal à s’en sortir. Alors tu vas les aider.

_ Mais pourquoi? Je ne suis au courant de rien et il me semble que Catherine est vachement plus forte que moi. En tout d’ailleurs.

_ Tu lui serviras d’assistant. Tu feras le café, n’importe quoi. Je m’en fous. Tu y vas. Et tu aides. Et si Athena te demande de te rouler dans la merde pour te faire pardonner, tu le fais. Sinon ça va chier.

_ Oui mère.

_ Et maintenant je me casse. J’ai besoin d’une bière et ton truc d’enregistrement ça ne vaut rien.”


Sur le chemin du retour, un jeune homme céda sa place dans le métro à la déesse. Elle lui sourit et le remercia chaleureusement. Le soir même, le jeune homme qui jouait depuis trois ans en vain gagnait la somme exacte dont il avait besoin à l’euromillions pour abandonner son travail de télévendeur et ouvrir la fromagerie de ses rêves dans le Cantal.


*** Olivia ***


“Vous n’avez qu’à y aller toute seule” criait la déesse. “Je refuse de voir ce con.

_ Il va falloir être raisonnable, dit Olivia. Si on veut avancer dans cette histoire, j’ai besoin de votre aide. Je ne peux pas aller chez Hermes toute seule. Je ne sais même pas où c’est.

_ Ca tombe bien, on n’y va pas. On va chez Charon et lui saura vous aider.

_ Vous y croyez vraiment?

_ Pas le choix. Je ne veux plus voir ce connard d’Hermes.

_ Et si Charon ne peut rien faire?

_ On verra si ça arrive, mais pour moi, c’est non.

_ Vous êtes la déesse de la sagesse non? Vous ne voulez pas vous montrer sage?

_ Je veux bien être sage. Mais il faut arrêter de déconner. Je n’irai pas chez l’autre tâche.

_ Tout ça pour une histoire vieille de mille cinq cent ans. Franchement, vous vous prenez le chou pour rien.

_ Ca c’est mon problème ma petite dame. Vous n’étiez pas née. Vous ne pouvez pas juger.

_ Admettons. Je fais un effort. On va voir Charon. Et s’il ne peut rien faire, vous acceptez de me conduire chez Hermes, vous me le présentez et ensuite vous partez et je me débrouille avec lui.

_ Mais il va vous retourner comme une crêpe. Vous ne pourrez pas vous défendre, c’est un expert en manipulation. A côté de lui, vos politiciens modernes font figure d’enfants de choeur.

_ Vous m’aiderez alors? Je ne peux pas m’en sortir seule manifestement. Et vous avez promis à Heta.

_ Si Charon ne peut rien faire…” Athena prit un moment pour réfléchir :” Admettons, vous avez gagné.”


Olivia imprima sur son visage un grand sourire qui laissa la déesse perplexe.

La Malédiction de la Déesse (31)


*** Athena ***


“Vous avez raison, dit Athena en s’affalant dans son fauteuil, comme si ses jambes n’étaient plus en mesure de la supporter. Il vaut mieux que je vous raconte tout, les non-dits ce n’est pas bon. Mais essayez de ne pas m’interrompre, je risquerais de me perdre dans l’histoire.”

Olivia acquiesça sans rien dire, ni faire remarquer à la déesse qu’elle ne lui avait même pas proposé un verre d’eau.


“L’histoire que je vais vous conter date d’un peu plus de mille neuf cent ans. A l’époque, la Grèce avait été conquise par les romains, mais cela ne changeait pas grand chose pour nous, les dieux de l’Olympe. En vérité, ça nous faisait du bien parce que les romains ont rapidement copié notre culture et nos usages et ont fait leur notre Panthéon. C’est pourquoi vous connaissez aussi Zeus sous le nom de Jupiter par exemple.

“Bref, jusqu’ici tout allait bien. Jusqu’à l’apparition d’une secte quelque part dans un recoin de l’Empire. Cette secte prônait, comme tant d’autres à l’époque, l’existence d’un dieu unique, et a eu la chance de pouvoir se répandre dans tout l’Empire. J’ignore le pourquoi du comment, mais d’après ce que j’ai compris, l’uniformité du territoire romain et une politique de conversions agressive auraient permis à ce culte de se développer rapidement quand d’autres cultes similaires sont restés à l’état de sectes régionales.

“Au départ, cette secte posait des problèmes aux autorités puisque ce dieu unique entrait directement en conflit avec le pouvoir romain, pour qui l’Empereur était un dieu devant lequel il fallait se prosterner. En tant que divinités grecques, ce concept ne nous dérangeait pas, mais il faut croire que pour d’autres, c’était problématique.

“S’ensuivit une période de conflits plus ou moins ouverts entre les partisans du dieu unique et les polythéistes. Les polythéistes étaient au pouvoir, mais la secte chrétienne, puisque c’est ainsi qu’on les appelait, prenait de l’ampleur et touchait de plus en plus de gens.

“Vers l’an 300, un Empereur choisit de se convertir à la nouvelle religion et là, l’histoire était pliée. Le christianisme se répandit dans tout l’Empire et on convertit, plus ou moins de force, l’ensemble de la population à ce culte, faisant tomber le polythéisme dans l’oubli.”


Athena marqua une pause pour s’assurer qu’Olivia suivait bien le déroulé de l’histoire. “Jusqu’ici, cette histoire peut se retrouver dans à peu près n’importe quel manuel scolaire d’histoire de l’Europe. Ce que les livres d’histoire ne racontent pas, c’est le rôle d’Hermes dans l’explosion de cette religion chrétienne.

“Au tout début de cette histoire, la cinquantaine de chrétiens au monde n’en a rien à foutre de l’empire, de rome, de l’empereur ou du pouvoir. Ils veulent faire leur truc, de leur côté, isolés du monde et vivre à leur façon sans déranger les autres. En gros, ils vivent comme les hippies des années soixante dix et ils le vivent très bien.

Dans la bande, un des mystiques avait déjà fait partie de plusieurs sectes, c’est celui que l’on nomme André aujourd’hui. Ce type, plutôt intelligent et ouvert d’esprit,avait fréquenté divers cultes à mystères avant de se retrouver dans la bande des apôtres. Et parmi ces nombreux cultes, il a longtemps été un fidèle d’Hermes, sous une forme orientale aujourd’hui oubliée.

Hermes a été chatouillé par l’abandon d’un de ses fidèles. Il faut dire qu’à l’époque, il n’avait pas grand chose à foutre. Il est donc allé voir ce qui s’était passé. Il a rencontré Jésus, a discuté avec les différents protagonistes de l’histoire et je pense qu’il a quelque chose à voir avec la trahison du fameux Judas. Mais je ne veux pas accuser sans preuves.

Pour faire court, André est vite devenu le petit chouchou d’Hermes. Je les soupçonne même d’avoir été ensemble à un moment. Quand Jésus se fait crucifier, les apôtres voient que les choses tournent mal pour eux et décident de se séparer. André choisit de s’exiler vers la Grèce, sûrement sous l’impulsion de l’autre tocard, et là, il va réunir de petites bandes d’adeptes de sa religion.

“Le problème dans l’histoire, c’est qu’Hermes va tout faire pour aider son petit protégé. Et en quelques semaines, la petite secte familiale va séduire plusieurs cités, dont des centres culturels importants. En quelques années, la quasi-totalité de la péninsule est convertie ou sympathisante et comme les riches romains viennent en Grèce pour parfaire leur éducation et pour se reposer, les idées chrétiennes prennent racine dans l’empire assez rapidement.

“Jusque là, vous arrivez à suivre?”


Olivia hocha de nouveau la tête. Elle ne comprenait toujours pas pourquoi tout le monde en voulait à Hermes, mais au moins, cette partie de l’histoire était claire.

“Et là, on saute environ deux cent cinquante ans et on arrive en 300 et quelques, au moment où tout bascule. A cette époque, le christianisme n’est pas vraiment légal dans l’Empire Romain, et pour le moment, les dieux de l’Olympe sont encore en haut du classement. Sauf que l’Empereur tombe malade. Il consulte différents oracles, pythies, aruspices, et finit dans un temple d’Hermes, un peu par hasard.

Alors qu’il prie en public, un vieux mendiant l’accoste. Aujourd’hui, tout le monde sait que ce mendiant n’est autre qu’Hermes qui ne pouvait pas laisser un Empereur entrer dans un de ses temples sans rien faire. Et au cours de la discussion, Hermes lâche le nom de Jésus et envoie l’Empereur vers une église chrétienne près d’Athènes. L’église est bâtie près d’une source d’eau pure et l’Empereur finit par guérir grâce à une diète sévère, mais cette andouille est persuadée d’avoir été sauvée par ses prières au dieu unique. Et là, je pense que vous comprenez tout.

“L’Empereur abandonne son vieux polythéisme et en quelques décennies, tout l’Empire romain nous lâche. Les chrétiens dominent et nos statuts divins en prennent un coup. Notre pouvoir baisse et nous ne pouvons plus faire grand chose. On en est réduit à survivre comme on peut.

“Pire, après avoir été pourchassés par les autorités pendant quelques décennies, les chrétiens au pouvoir décident de s’en prendre aux anciens cultes païens. Et en Grèce, les chrétiens n’y sont pas allés de main morte. Ils ont tellement bien fait le boulot que tous les lieux de culte anciens sont transformés en champs de ruine en l’espace de quelques mois. Vous avez déjà visité le Parthénon par exemple?

“Bref, pour nous, c’est la catastrophe et, par la faute d’Hermes et de ses négligences, nous avons perdu nos pouvoirs, nos domaines et nos fidèles. Merci Nikos.”

La Malédiction de la Déesse (30)


*** Lieutenant Colonel Stéphane Remy ***


Depuis plus de vingt minutes, Stephane Remy et son équipe attendaient un branleur de cadre devant un cabinet d’avocat alors que la cible était partie depuis longtemps. Il n’avait aucune confiance dans ce Paul lachlan. Le type venait de nulle part et n’avait jamais travaillé sur le terrain. Son équipe était composée d’hommes d’action et dans cette histoire, ils n’allaient pas en avoir beaucoup.

Remy avait ordonné à un de ses hommes de continuer à suivre la cible en moto aussi longtemps que possible et de le tenir au courant. Hors de question de se lancer dans des procédures peu légales sans autorisation écrite du Général, et ce petit minable endimanché de Lachlan n’y changerait rien.


Quand Paul arriva devant le cabinet d’avocats, il exigea un rapport complet de son subordonné. Comme le lieutenant colonel n’avait plus grand chose d’important à annoncer, Lachlan décida qu’ils se rendraient tous au domicile de la cible et qu’il participerait lui aussi à la surveillance de l’appartement.

Stéphane Remy fut soudain frappé d’une profonde envie meurtrière et d’une baisse de moral importante. D’autant plus que la pluie commençait à tomber et que la foudre frappait déjà la ville.


*** Hermes ***


Sans ordinateur et sans aide de Zeus, Hermes allait devoir recruter quelqu’un de compétent pour gérer le problème Harpocrate. Parmi les divinités, il ne restait qu’Hephaistos qui aurait peut être les connaissances nécessaires pour aider Hermes. Il restait à espérer qu’il ne soit pas trop en colère. Comme Hermes ne l’avait pas revu depuis son départ de Grèce, il ne pouvait être sûr de rien.

Il mit son plus beau costume, sa cravate la plus élégante et entreprit de sortir. Arrivé sur le palier du rez-de-chaussée, il eut la surprise de tomber nez à nez avec Hera, vêtue, comme souvent, d’un ensemble jupe bleure triste avec une coupe des années quarante et chemisier blanc démodé, sur lequel elle avait passé un tablier vichy du pire effet qui lui donnait un air de concierge.

“Nikos, je suis contente de te voir. On monte chez toi. J’ai à te parler.” Le ton de la déesse ne souffrait pas qu’on l’interrompe. Hermes la laissa passer devant. De toutes façons, elle avait la clé.

La Malédiction de la Déesse (29)


*** Olivia ***


Les informations de Themis n’avaient pas mené Olivia bien loin. Elle connaissait Socrate mais de nom et elle en savait trop peu pour en tirer des conclusions. Quant au psychopompe, elle ignorait jusqu’au sens du mot. Athena n’avait rien voulu lui dire sur le trajet de retour jusqu’à la voiture. Olivia supposait qu’elle boudait. En arrivant près de la place de parking, Olivia regarda son téléphone, par réflexe. Elle venait de recevoir un texto inquiétant :”Regarde les infos, on parle de toi.” Le message venait d’un de ses amis informaticiens, quelqu’un de sérieux et fiable.

Avant d’entrer dans la voiture, elle tapa son nom dans la barre de recherche de son navigateur. Elle apparaissait dans “actualités”. Mauvaise nouvelle en général, à moins d’avoir décroché un prix nobel et a priori, ce ne serait pas son cas. L’article mentionnait sa carrière et ses récents déboires avec la société Intelstar. Dans les commentaires, on l’accusait d’être à la source d’un certain nombre de dérives d’internet, en particulier ces derniers jours. Quelques commentateurs la remerciaient d’avoir mis au jour des dossiers susceptibles de se retrouver au tribunal, mais ceux-ci étaient rares. Un autre lien indiquait que suite à ces fuites, une enquête des services de renseignement étaient en cours.

“Oh merde, j’ai les services secrets au cul!”


Athena attendait au volant que sa passagère monte dans la voiture et lui permette enfin de partir. Quand Olivia rentra dans l’habitacle de la petite berline, elle lui expliqua la situation. “Des services secrets? Rien que ça.” Demanda la déesse.

“Ce n’est peut être qu’une rumeur, mais là, ça commence à sentir mauvais.

_ Vous voulez quitter le pays?

_ Non, je préfèrerai aider à régler le problème. D’autant plus que tout est parti de cette malédiction. Et je suis pas du genre à m’enfuir quand les choses tournent mal.

_ Que vous a dit Themis à ce sujet?

_ Elle a parlé de choses que je n’ai pas saisies. Je dois me souvenir de Socrate. Mais ça ne m’évoque pas grand chose. Un truc avec de la cigüe? C’est ça?

_ je ne pense pas. Mais son raisonnement sur Socrate est certainement juste.” Athena démarra enfin le véhicule et prit la route du nord de Paris, vers son appartement “Je vous emmène chez moi. On pourra discuter plus tranquillement, surtout si les services secrets vous attendent chez vous.”


Elles mirent dix minutes à arriver chez la déesse. Pendant le trajet, elles parlèrent rapidement de Socrate, de sa vie et de son oeuvre, qu’il n’a pas écrite, mais qu’il laissa rédiger à Platon.

En sortant du véhicule, Athena résuma la pensée du philosophe : ”Connais toi toi-même. Ca rendait mieux en grec ancien.

_ Et ça signifie quoi dans le cas présent?

_ Comme pour tous les humains, vous êtes souvent votre pire ennemi. Et en vous analysant bien, vous trouverez votre plus grand frayeur.

_ C’est très philosophique en effet”. Athena ferma la voiture à clé et elles prirent la direction de sa petite maison dans les hauteurs de belleville.


Ensemble, elles montèrent une petite rue en pente trop étroite pour qu’une voiture puisse y passer. On n’y trouvait que des petites maisons individuelles à un étage, dissimulées par des arbres plantés par les habitants. Athena s’arrêta devant la troisième maison à gauche et ouvrit le portail. La petite maison blanche aux volets violets surprenait un peu la parisienne habituée aux buildings et aux tours moches des années soixante dix.

Athena avait aménagé simplement l’intérieur en copiant les pages d’un catalogue Ikea. Olivia s’installa sur un des fauteuils “STRÖMDU” gris confortables et attendit Athena qui rangeait sa veste et ses chaussures dans un dressing de la chambre à l’étage.


“On peut reprendre sur mon problème de malédiction? Demanda Olivia quand la déesse redescendait les dernières marches.

_ Je vous écoute, dit Athena.

_ C’est quoi un psychopompe?

_ La question n’est pas tout à fait juste. Il faudrait demander “Qui est le psychopompe?”

_ Je ne comprends pas.

_ Psychopompe, ça veut dire :”qui transporte les âmes des défunts”. Autrement dit, vous devez chercher celui qui accompagne les âmes, c’est à dire Charon ou Hermes. Personnellement, j’espère que vous devez trouver Charon. Parce qu’obtenir l’aide de l’autre tocard ne va pas être évident. Surtout s’il me voit avec vous.”

Athena se leva pendant qu’Olivia réfléchissait. Elle s’approcha d’un aquarium et en ouvrit le couvercle, puis versa pour les petits poissons multicolores qui s’y trouvaient quelques pincées d’une poudre curieuse contenues dans une boîte jaune et rouge.


“Athena, demanda Olivia. Je peux vous poser une question sans vous fâcher?

_ Essayez toujours, répondit la déesse, avec un sourcil levé.

_ C’est quoi le problème avec Hermes?”

La Malédiction de la Déesse (28)



*** Hermes ***


Tôt le matin, malgré le beau temps Hermes s’était enfermé dans son cabinet de travail. Il avait commencé par consulter les informations en ligne pour s’informer des progrès du logiciel connus de la presse. Puis il avait consulté les différents forums spécialisés pour en apprendre plus sur ces différentes évolutions.

Il choisit un de ses éditeurs de logiciels et ouvrit le fichier Harpocrate qu’il avait stocké à l’abri sur une clé USB. Dehors, la météo avait changé d’un coup, des nuages noirs s’amoncelaient au dessus de la ville. Le dieux messager ne s’intéressait pas à ce problème secondaire et se concentra sur son travail.


Il travailla sur le système de blocage d’Harpocrate. Olivia Martin avait conçu son logiciel de façon à éviter qu’on ne puisse le manipuler trop facilement, mais le dieu avait du temps devant lui. C’était un des gros avantages de l’immortalité, on avait toujours du temps devant soi.

Pendant un moment, il étudia la possibilité de programmer une mise à jour d’un logiciel standard de windows, comme la calculatrice ou le bloc notes,et d’y intégrer un système qui bloquerait l’expansion d’Harpocrate. C’était la méthode qu’il avait utilisée quelques jours plus tôt pour permettre au logiciel de se répandre partout dans le monde, il était certain de parvenir à bloquer sa propagation, et peut être ses effets en utilisant le même vecteur.


Avant de pouvoir envoyer son logiciel modifié, il devait attendre une dernière mise à jour sur son ordinateur. La barre de progression de chargement avançait doucement. Hermes regarda par la fenêtre alors que le chargement atteignait difficilement cinquante pour cent..

Par le plus grand des hasards, c’est le moment exact que choisit Zeus pour lancer la foudre à travers la ville. La boule de feu atteignit le seizième arrondissement en moins d’un quart de seconde. Le bâtiment d’Hermes n’était pas dans le bon axe mais la foudre fit un détour au dessus du toit de l’immeuble et décrivit une courbe descendante qui percuta la fenêtre du bureau d’Hermes. Le double vitrage ne suffit pas à empêcher la foudre de continuer son trajet et elle frappa directement le dieu au torse.

L’explosion de feu dans la pièce produisit un vacarme épouvantable, dont Hermes ne se rendit compte qu’en se relevant quelques instants après l’impact. Une fois qu’il fut remis du choc qu’il venait du subir, il contempla son bureau. La pièce avait été ravagée par la foudre. Des morceaux de verre étaient éparpillés partout sur la moquette et les meubles, en particulier le bureau, étaient recouverts de poussière et de traces de brûlures. Pire, son ordinateur, trop fragile, n’avait pas supporté le choc et avait fondu en grande partie, emportant dans sa tombe de silicone tout le travail d’Hermes.


“Pourquoi m’as tu fais ça père?”, demanda à haute voix le dieu ailé qui secouait la tête pour se remettre du choc. Pour toute réponse, il n’obtint que le sifflement consécutif à l’explosion dans ses oreilles. Il était temps de prendre une bonne douche et de se remettre au travail.

La Malédiction de la Déesse (27)


*** Paul ***


Arrivé à dix heures moins dix à son bureau, Paul demanda à sa secrétaire de lui faire couler un thé aromatisé, puis il consulta sa messagerie. Il avait déjà deux messages de ce lieutenant colonel untel. Dans le premier message, vers huit heures, il n’apprenait rien. La nuit avait été calme, la cible n’avait pas bougé, tout allait bien. Le second message avait une teneur différente. Une grande femme brune, inconnue était venue chez la cible. Elles sont sorties ensemble quelques minutes plus tard et on prit la route du troisième arrondissement. Elles se trouvaient actuellement dans le bureau d’une avocate. L’équipe de surveillance attendait en bas de l’immeuble de bureau, mais ne pouvait pas intervenir chez une avocate. Ce genre d’intervention, très vaguement légale, était trop risquée pour un service qui se voulait secret.


En entendant ce message, Paul se mit en colère. Il hurla pendant plusieurs minutes sur la secrétaire qui lui amena un thé trop chaud, trop tard… Alors qu’objectivement, elle avait plutôt bien fait son travail. Paul prit son téléphone et appela le lieutenant colonel machin.


*** Themis ***


“Quand on tourne en rond, il n’y a pas de mal à se faire aider un peu” avait dit Athena. Olivia avait pris un peu de temps pour regarder sur son téléphone la page wikipedia concernant la déesse, histoire d’actualiser ses connaissances. Comme il s’agissait de la déesse de la sagesse, elle avait choisi de la suivre aveuglément dans cette aventure, en espérant ne pas se planter. Elle avait profité de son passage sur l’encyclopédie en ligne pour consulter les pages de toutes les divinités qu’elle avait rencontrées depuis le début de cette histoire. Et elle était toujours déçue par Hades.

Athena avait décidé d’emmener Olivia chez Themis juste après leur petit déjeuner. D’après ce qu’Olivia avait compris, il s’agissait de quelqu’un d'extrêmement sage, une sorte de voyante qui était une ex-épouse et une soeur de Zeus. Il faudrait un jour que quelqu’un explique à Olivia clairement la généalogie de cette famille et qui avait couché avec qui. Bien qu’elle ne soit pas certaine de vouloir connaître tous les détails.


En route, Athena mit la radio. Les informations évoquaient, en permanence depuis une semaine, les différentes fuites et les problèmes générés par le déploiement d’Harpocrate sur la majorité des ordinateurs connectés à internet. Une voix suave expliquait qu’un phénomène météorologique inexplicable se produisait en ce moment même à Paris : une forte pluie typique des climats de mousson et un orage très localisé alors qu’il faisait un soleil superbe pendant les jours précédents sur la capitale et un temps magnifique en ce moment même dans tout le pays.

Elles arrivèrent trempées devant la porte du cabinet d’avocat. Olivia ne comprenait pas cette obstination de la déesse à toujours se garer loin du lieu où elle se rendait. Surtout que cette fois, il y avait de la place juste devant la porte de Themis et que la pluie tombait violemment.


Olivia avait plus ou moins l’habitude des endroits chics. Dans son travail, elle avait souvent fréquenté des gens qui voulaient en mettre plein la vue à leurs clients, leurs fournisseurs ou leurs actionnaires. Mais là, elle eut l’impression d’être directement jetée dans une caricature de Versailles, sans les touristes. Athena et Olivia passèrent rapidement le filtre de la secrétaire très occupée à taper sur son clavier et la fameuse Themis vint les chercher après seulement quelques minutes. Elle embrassa chaleureusement Athena et fit la bise à Olivia qui ne s’y attendait pas.

Olivia était pourtant prévenue, Athena lui avait dit que l’avocate était à moitié folle depuis plusieurs siècles et que de sa part, on pouvait s’attendre à tout.


La déesse-avocate indiqua à ses deux invitées des sièges et apporta un plateau avec trois cafés qu’elle leur offrit. “Donc tu es coincée?”, dit-elle sans préambule en direction d’Athena.

“Oui. Complètement larguée même. J’ai retrouvé la fille de Zeus, mais la malédiction d’Hera est vraiment complexe.

_ Tu cherches dans la mauvaise direction.

_ C’est ce qu’on se disait. Mais quelle serait la bonne direction?

_ Je ne peux pas te le dire.

_ C’est pas juste, geignit Athena. Tu sais que tu es ma tante préférée?”

Olivia n’en revenait pas. Elle assistait à une scène où une déesse de la sagesse, connue dans le monde entier était à deux doigts de se rouler par terre comme un enfant de deux ans qui n’aurait pas eu sa glace.


“Je peux le dire mais pas à toi. finit par lâcher Themis.

_ A qui alors?

_ A Olivia. Uniquement à Olivia”


Sans dire un mot, Athena prit sa tasse et se leva, boudeuse, puis se dirigea vers la salle d’attente où elle avait déjà commencé à feuilleter le dernier numéro de Femme Actuelle avant que Themis ne vienne chercher ses visiteuses.

Olivia, seule face à Themis, n’en menait pas large, aussi impressionnée par l’ancienne déesse que par la décoration du bureau.


“Maintenant on peut parler ma chère. Affirma Themis.

_ Si vous le dites.

_ Je peux t’aider à décrypter la malédiction, mais je ne peux que te donner des pistes. Tu devras trouver les solutions seule.

_ Pourquoi?

_ C’est mon rôle. Tu sais, on a beau être une divinité, on ne peut pas sortir de notre rôle, du cadre qui nous est assigné. C’est définitif.

_ Donc vous ne ferez que me mettre sur la voie.

_ Exactement. De toutes façons, sans moi, tu ne trouveras pas.

_ D’accord. Et avec vos indications, je suis certaine de trouver?

_ Je ne peux pas te le dire.

_ Vous ne m’aidez pas beaucoup.

_ Je sais, mais je ne peux pas faire autrement.

_ Je vous écoute. J’ai l’impression que je n’ai pas le choix de toutes façons.”


La déesse prit une grande inspiration et parla calmement : “Tu te souviens de Socrate?

_ Comment?

_ Tu te souviens de Socrate?

_ Et c’est censé répondre à quelle question ça?

_ Je ne peux pas te le dire.

_ Vous avez bien fait de prévenir en me disant que vous ne feriez que me mettre sur la voie.

_ Je sais. Quant à l’autre question, il te suffira de t’aider du psychopompe.

_ Facile. Merci pour votre aide.”

La Malédiction de la Déesse (26)


*** Athena ***


Athena arriva chez Olivia très tôt. Celle-ci n’était pas encore lavée, et prennait son petit déjeuner devant une chaîne d’information en continu. Athena fut conviée à partager un thé et elle éteignit la télévision pour discuter avec Olivia dans le calme. “Alors, vous avez réfléchi à cette malédiction?

_ Un peu, répondit Olivia en mâchant une tartine de confiture de framboises. Je pense pouvoir dire qui est mon pire ennemi.

_ Très bien. On avance. Dites-moi tout.

_ Quand j’étais à la fac, un sale type avait tenté de m’agresser dans une salle assez tard à la sortie d’un cours. Je pense que ça pourrait être lui.

_ Vous connaissez son nom?

_ Non. Mais c’est un peu ce qui m’était arrivé de pire jusqu’à cette histoire de malédiction.

_ Ca ne marche pas. Un pire ennemi, on connaît son nom. Ou au moins, on voit qui c’est. Un adversaire aléatoire dont on a oublié le nom, c’est juste un accident.

_ J’ai beau réfléchir, je ne vois pas. Le pire des trucs qui me soit arrivé, c’est quand mon logiciel a commencé à buguer la semaine dernière, puis ce chèque en bois. Mais je n’ai pas vraiment d’ennemi dans cette histoire. C’est juste un bug a priori.

_ Vous en êtes sûre?

_ Certaine. Un problème de compatibilité avec d’autres logiciels. Un truc imprévisible et aléatoire là aussi. Sauf à prendre le temps d’étudier tous les logiciels installés sur tous les ordinateurs d’une multinationale et de vérifier leur compatibilité avant d’installer quoi que ce soit. Mais c’est un travail de titan.

_ De titan? C’est à dire?

_ Il faudrait ne faire que ça pendant des mois, et sans prendre le temps de dormir ni manger autre chose que des sandwiches vite fait. Personne ne peut faire ça.

_ Ni dormir, ni manger pendant des mois. Aucun mortel ne peut faire ça, vous avez raison.

_ L’autre possibilité serait de modifier le code source du logiciel. Je peux le faire mais tout le monde ne téléchargera pas les mises à jour et le problème se reproduira. Il faudrait couper internet partout simultanément et forcer le téléchargement du correctif. Pour la deuxième partie, pas de souci, mais couper internet dans le monde entier, c’est quasiment impossible.”


*** Zeus ***


Zeus n’attendait personne de si bon matin. La personne qui appuyait sur la sonnette insistait lourdement. Peut être un recommandé ou des gamins qui jouaient. Le dieu enfila rapidement un pantalon et une chemise de bûcheron et se rendit de l’autre côté de la cour en trottant. Le doigt de son invité mystère tripotait la sonnette avec frénésie. Zeus débloqua la lourde porte de métal et découvrit avec stupeur le visage d’Hera, tout sourire. Elle portait un de ses vieux survêtements de sport bon marché.

“Qu’est-ce que tu fous là? Demanda-t-il.

_ J’ai lu ta lettre. Je suis venue tout de suite.

_ Je vis bien que tu es venue mais je ne comprends pas.”

Hera bouscula un peu Zeus pour entrer et elle ferma la porte derrière elle. Après tout, elle était ici chez elle, aussi bien que ce vieux grincheux. D’ailleurs, dans les séries qu’elle aimait tant, dans ce genre de situation, c’était toujours celui à qui on demandait de revenir qui avait la main. Pour le moment, Hera avait les choses bien en main et elle comptait faire en sorte qu’il en soit ainsi pour longtemps.

“Dans ta lettre, tu me disais que tu m’aimais encore, que tu voulais qu’on se remette ensemble. Alors j’étais venu discuter des conditions de mon retour. J’accepte de revenir, si tu acceptes ces conditions.

_ Je ne comprends toujours pas.

_ C’est pourtant simple. La lettre que Nikos..;

_ Hermes.

_ ...Hermes m’a apportée. Celle que tu lui as confiée. Tu y disais que tu voulais qu’on redevienne un couple. Je veux bien mais sous conditions.

_ C’est n’importe quoi, je ne t’ai jamais envoyé ce genre de lettre. Je t’ai écrit pour te dire de ne plus jamais lancer de malédiction au hasard, surtout pour des histoires de cul qui ont déjà soixante ans.” Le visage de Zeus reflétait sa colère. Au dessus de Paris, des nuages noirs s’amoncelaient. Hera, face à lui, était à la fois rouge de colère et de honte.”


“Montre-moi cette lettre.” Cria Zeus. Hera sortit de son sac banane noir Waikiki une feuille A4 froissée. Zeus en lut le contenu rapidement. Les nuages d’orage au dessus de Paris devinrent plus sombres encore. On remarqua par moments des éclairs à l’intérieur des gigantesques cumulo-nimbus qui n’étaient pas prévus par Météo France.

“Quel petit connard. Dit-il après avoir terminé sa lecture.

_ De qui parles-tu?

_ Hermes. Ce salopard a modifié ma lettre.

_ Quoi?

_ Il t’a écrit une lettre stupide et a sûrement jeté la mienne. Dans mon courrier, je te disais d’éviter les malédictions, d’arrêter de faire chier pour des histoires vieilles de plusieurs siècles et de me foutre la paix!”

A ce moment-là, La foudre frappa Paris à plusieurs reprises. Au même instant, plusieurs couples eurent leurs premières disputes ou se séparaient définitivement.


Zeus indiqua sans ménagement à Hera la direction de la porte. “Et maintenant tu dégages”, ajouta le roi des deux. Hera ne se fit pas prier pour repartir, humiliée par Zeus et humiliée par Hermes. Au moment où elle posait le pied dans la rue, une forte pluie tombait sur la ville, cachant les larmes de la déesse trempée.

A l’intérieur de la cour, Zeus en colère leva le poing bien haut. La foudre le frappa directement sur la main droite. “Si je mets la main sur ce petit con, je lui fais payer tout ce qui nous est arrivé depuis qu’on a quitté la Grèce par sa faute.” La foudre jaillit alors de la main du dieu, monta vers le ciel et se dirigea vers l’ouest de la ville.

La Malédiction de la Déesse (25)


*** Hermes ***


Cette rencontre inattendue avec une de ses soeurs avait démoralisé Hermes. Il ne s’attendait pas à croiser d’autres divinités chez Hera, et surtout pas cette peste d’Athena qui faisait toujours tout pour être la petite préférée. Il décida de ne plus trop y songer. Sa mission était terminée, il avait amené le courrier à Hera après y avoir porté quelques modifications de son cru, le reste n’avait plus trop d’importance. Sous peu, ses parents se remettraient ensemble, comme on disait de nos jours.

Les ordres de Zeus avaient été clairs. Il devait remettre l’enveloppe à Hera en mains propres. Personne n’avait parlé du contenu. Hera ne saurait jamais que la lettre qui lui était remise n’était pas la bonne et il était certain d’avoir bien agi. Il pouvait retourner voir Zeus, fier d’avoir accompli sa mission avec panache.


*** Olivia ***


Olivia avait passé tout le début de soirée seule. Athena était sortie et n’était revenue, plus d’une heure et demie plus tard, que pour la ramener chez elle sans dire le moindre mot. La déesse semblait furieuse avait laissée Olivia seule en bas de son immeuble. Elle était épuisée et ne remarqua pas la voiture de police à cinquante mètres de l’entrée, ni les deux types en costume qui discutaient sur le palier. Maintenant que l’excitation de cette journée était passée, Olivia ne savait plus trop quoi faire. Elle se servit un martini en se demandant comment occuper sa soirée.

Athena, en bonne prof de maths, lui avait laissé des devoirs : Trouver sa plus grande frayeur et déterminer qui est son pire ennemi.

“Avec un peu de chance, avait-elle dit, votre pire ennemi est aussi celui qui vous procure votre plus grande frayeur.”

Olivia devait passer par une longue introspection mais le mélange fatigue / martini ne donna rien de bon. Vingt minutes après le début de ses réflexions, elle s’endormit sur le canapé du salon sans avoir trouvé la moindre bribe de réponse.


*** Hermes ***


Tôt le lendemain matin, Hermes prit un taxi pour se rendre à l’atelier de Zeus. Le terrible roi des dieux ne dormait jamais parait-il et Hermes voulait régler le problème du logiciel Harpocrate le plus tôt possible. Dans le temps, avant le départ de Grèce, Zeus était un technicien hors pair et il connaissait tout sur tout. Hermes était persuadé que son père saurait l’aider. Et de toutes façons, il avait promis.

La porte qui donnait sur la rue était, pour une fois, grande ouverte. Hermes traversa rapidement la cour intérieure et entra, après avoir frappé, dans l’atelier du roi des dieux. “Bonjour père? Demanda-t-il.

_ Entre Hermes. Je t’attendais.”

Hermes rejoignit son père dans la pièce. Deux tasses de café chaud attendaient devant Zeus. Il prit une des tasses et tendit l’autre à Hermes.

“Tu as remis l’enveloppe à Hera?

_ J’ai suivi vos ordres à la lettre. Si j’ose dire.

_ Bien. J’accepte de t’aider. Dis à ton roi ce que ton coeur désire.”


Hermes était fasciné. Zeus employait l’ancienne formulation, celle qu’il utilisait en Grèce pour parler à Apollon ou Aphrodite. Hermes se prosterna aux pieds de son père, comme le voulait la coutume et quémanda :

“Mon roi, j’ai besoin de votre aide. J’essaie d’empêcher un logiciel malveillant de se propager et d’infecter toute l’humanité. J’aurai besoin de vous pour me dire ce qu’il convient de faire.

_ De l’informatique tu dis?

_ Oui père.

_ Je ne peux rien faire.

_ Comment ça.” Hermes se relevait lentement, un peu courroucé.

“Evidemment, tu me prends pour qui? J’ai déjà du mal avec leur foutue radio, tu te doutes bien que les ordinateurs, les virus et tous ces machins, je n’y connais rien.

_ Vous ne pouvez rien faire pour moi?

_ Je viens de te le dire. Si tu veux mon aide, demande-moi de terrasser un Titan, un monstre ou quelque chose comme ça. Éventuellement de séduire deux trois jeunes filles. Mais des machins humains modernes, aucune chance.”


Comprenant qu’il ne tirerait plus rien du vieux dieu, Hermes termina rapidement son café, remercia et partit. C’était mesquin, mais avoir retouché la lettre pour Hera lui paraissait maintenant être une vengeance très subtile.

samedi 19 décembre 2020

La Malédiction de la Déesse (24)


*** Athena ***


Athena avait laissé Olivia chez elle avec des devoirs, une sérieuse introspection à faire afin de savoir quoi faire par la suite. Elle ne pouvait pas répondre à toutes les questions. Athena trouvait qu’elle avait déjà bien bossé en retrouvant la gamine. Maintenant, elle avait besoin que celle-ci se remue un peu pour trouver quelques réponses. Ce n’est quand même pas si difficile de dire de quoi on a peur.

Athena était sortie et roulait maintenant vers l’appartement d’Hera. Il était tard et elle avait un peu peur de trouver la déesse dans un état peu présentable après son sixième pack de la journée.


Athena arriva chez sa mère à dix neuf heures trente. A priori, elle trainerait devant sa télévision à cette heure-là, mais ne regardait pas forcément une de ses séries stupides. En montant les marches, Athena espérait que cette entrevue serait brève. Elle frappa à la porte, répétant dans sa tête tout ce qu’elle avait à dire. Trois minutes après qu’elle ait frappé, Hera ouvrait la porte.

“Salut Catherine. Qu’est ce que tu fous-là?

_ Je suis venue te parler de ma petite enquête.

_ Quelle enquête?

_ Tu te fous de moi? L’enquête que tu m’as refilé pour retrouver la gosse que tu as maudite parce que ton ex baise tout ce qui bouge. Tu te souviens maintenant?

_ Ah. Oui. Bien sûr. Entre. Mais ne gueule pas. J’ai un peu mal au crâne.”

Hera ouvrit la porte en grand et laissa passa la déesse. Athena prit la direction du salon - salle à manger où se trouvait la télé et où Hera ne tarderait pas à la rejoindre, bière en main. Devant la porte du salon, elle marqua un temps d’arrêt en voyant qui s’y trouvait déjà. Elle se tourna vers la cuisine et cria “Hera, qu’est-ce que ce tocard fout là?”

Dans le fauteuil en tissu vert à motifs, Hermes se tourna vers la nouvelle arrivée et leva bien haut sa canette d’Heineken :”Salut soeurette. Je vais bien merci. Et toi?”


Hera revint dans le salon :”Tu as vu qui est passé me voir? Nikos!

_ Je vois. Du coup je ne vais pas rester longtemps, je préfère éviter de me trouver en présence de ce type. Répondit Athena.

_ Tu devrais te détendre frangine. Et je ne reste pas non plus.” Hermes termina sa bière d’une gorgée et se leva du fauteuil. “Je me tire. J’ai du boulot. A la prochaine maman. Soeurette, on se revoit vite j’espère.

_ Et moi j’espère que tu te prendras un arbre sur le trajet du retour.”

Hermes voulut sortir de la pièce, mais Athena prenait presque tout l’espace du chambranle de la porte et refusait de bouger d’un millimètre. Hermes dut se contorsionner pour atteindre le petit couloir. En chemin, il embrassa Hera sur la joue et tira la langue à Athena, sans que celle-ci ne le remarque.

Athena attendit que le dieu messager soit sorti puis prit place dans un fauteuil.


“Qu’est-ce qu’il te voulait celui-là? Cracha Athena. Alors qu’Hera s’installait dans son fauteuil favori.

_ Le boulot. Il m’amenait une lettre. Je lui ai offert une bière. La politesse, tu sais…

_ C’est un connard.

_ Oui, mais c’est un bon facteur. Tu veux une bière?

_ Non merci. Je venais donc te parler de mon enquête.

_ Tu as retrouvé le gosse?

_ Oui. Mais pour info, le gosse a cinquante ans. Et c’est une fille.

_ Et tu as pu régler le problème de la malédiction? Tu sais, je ne suis pas méchante, juste un peu impulsive.

_ Oui, et l’autre con d’Hermes est juste un peu crétin...

_ Arrête avec ça. C’est ton frère quand même.

_ Je n’ai pas envie de parler de lui.

_ Pourtant c’est toi qui remet le sujet sur le tapis tout le temps.

_ Mouis...Bref. Pour la gamine, c’est bon, je l’ai trouvée. Par contre, elle ne sait pas ce qu’elle veut. Tu ne pouvais pas choisir un truc plus simple comme malédiction? Elle ne sait même pas de quoi elle a peur.

_ J’ai fait ça sans réfléchir, je te l’ai déjà dit. Mais vous allez y arriver hein?” Hera posa la canette sur son genou droit, elle était immobile depuis un instant, pensive :”Je me sens coupable.”

Hera ouvrit sa canette à ce moment. C’était la première fois qu’Athena la voyait attendre aussi longtemps entre deux bières. “Tu veux m’aider pour cette histoire? Demanda Athena.

_ Oui bien sûr. Dis-moi ce que je peux faire.

_ Tu saurais de quoi cette fille pourrait avoir peur? Parce qu’à ce niveau, on patine.

_ Je n’en sais rien, je ne suis pas sa mère.” rota Heta.


“Ca ne pouvait pas durer” songea Athena.

La Malédiction de la Déesse (22)


*** Hermes ***


Il n’avait pas fallu cinq minutes à Zeus pour transformer Hermes, dieu indépendant et fier, en vague coursier aux ordres. Comme si le roi des dieux ne pouvait pas porter son courrier lui-même. Il n’avait pas peur de sa mégère d’ex-femme au moins? Si ce vieux grognon n’avait pas été si réfractaire au changement, il aurait même pu se remuer et aller acheter un timbre et envoyer son stupide papier en recommandé. Le document serait arrivé le surlendemain et comme Hera ne sortait presque jamais de chez elle, il était certain que le courrier lui arrive.

Il y avait des fois comme ça, où Hermes se disait que ça avait fait du bien à quelques uns des vieux dieux de l’Olympe de tomber de leur piédestal et de se retrouver à ramer un peu sur terre. Au moins, depuis qu’ils étaient à Paris, la plupart d’entre eux avaient arrêté de le traiter en larbin.


Cette missive était peut être une occasion de punir un peu le dernier de ces sales prétentieux de l’ancienne Olympe. Arrivé chez lui, Hermes jeta l’enveloppe sur une table basse et la décacheta soigneusement à l’aide d’un fer à repasser et d’un couteau à beurre.


*** Olivia ***


“Je suis déçue”, dit Olivia en quittant la cave d’Hades. “Je ne l’imaginais pas comme ça.

_ C’est la cape noire qui vous manque? Demanda Athena en souriant.

_ Pas seulement. J’imaginais quelqu’un de moins fantasque.

_ Il faut que vous compreniez que nous pouvons changer d’apparence à volonté. Hades a choisi de s’adapter à ce milieu gay et festif, j’ai choisi un air un peu plus sinistre, et ainsi de suite.

_ Mouais. Il aurait pu éviter le yorkshire avec le noeud dans les cheveux. J’aurai pu m’asseoir sur cette bête de l’enfer sans même m’en rendre compte.”


Elles retournèrent à la voiture et reprirent la route de l’appartement d’Olivia non loin de là. “Et maintenant, on fait quoi?” demanda-t-elle.


*** Hermes ***


“Ma chère Hera”

La lettre commençait bien. Hermes lisait à haute voix pour bien s’imprégner du texte.

“J’ai appris ta réaction concernant mon aventure avec cette mortelle dans les années soixante. Je suis un peu surpris de constater ta colère après tout ce temps.

Pour rappel, ma chère, nous sommes séparés depuis plusieurs siècles, tu n’as plus à savoir avec qui je couche et si j’ai des enfants avec quelqu’un d’autre que toi, tu ne devrais plus en avoir rien à foutre.

La prochaine fois que tu es pris d’une envie de faire chier, trouve toi quelqu’un d’autre à emmerder. Ce courrier est mon dernier avertissement.”


Hermes relut la lettre trois fois. Ce n’était pas tout à fait ce qu’il espérait lire.


*** Paul ***


Il était déjà tard et Paul allait quitter son bureau pour se rendre à son cours de tennis quand le téléphone sonna :”Monsieur lachlan? Lieutenant colonel Remy à l’appareil. La cible vient de rentrer chez elle. Souhaitez-vous qu’on vous l’amène immédiatement?”

Pris de court et ne voulant pas rater son entraînement, Paul répondit sommairement :”Non. Gardez-la au chaud. Si elle sort, suivez-la. Et ne la perdez pas surtout. Sinon, vous aurez affaire à moi.”

Paul avait des priorités dans la vie.

La Malédiction de la Déesse (21)


*** Hades ***


Ce qu’Hades nommait son bureau méritait plutôt d’être qualifié de lupanar par Olivia. Il s’agissait d’un grand espace avec un bureau en bois noble dans un coin, sur lequel s’entassaient des papiers de toutes les couleurs. Au milieu de la pièce, un espace de discussion composé d’une table basse et de deux canapés roses en forme de bouche aux lèvres pulpeuses ne constituait pas l’élément le plus improbable de la pièce. A l’opposé du bureau, il y avait un lit, dont les draps étaient défaits et sur tous les murs, des photos d’hommes plus ou moins dévêtus, tirées de magazines pour adultes probablement. Olivia remarqua une série de ces magazines empilés à côté d’un des fauteuils.

L’espace d’une seconde, quand Hades lui proposa de s’asseoir, elle se demanda vraiment ce qu’elle fichait là. Hésitante, elle s’installa sur le canapé en forme de bouche. Athena s’assit à côté d’elle, Hades s’installa confortablement en face de ses deux invitées.

“Bon alors les filles, dit Hades qui caressait le terrible Cerbère qu’il avait posé sur ses genoux, qu’est-ce que je peux faire pour vous?

_ Une petite mise en situation en fait. Répondit Athena. Mais vue la tête que fait mon invitée, je pense que je me plante”. Elle disait cela en regardant Olivia qui ne semblait pas particulièrement effrayée. Effarée certes, mais pas effrayée.

“Ca fait toujours ça aux mortels. Ils prétendent qu’ils ont peur de la mort, mais dès qu’ils me voient, ils arrêtent de paniquer.

_ Peut être parce que tu ne corresponds pas précisément à l’image qu’ils se font de la mort. Suggéra Athena.

_ Peut être qu’une semaine en enfer leur ferait précisément changer d’avis? Proposa Hades, un peu vexé.

_ En tous cas, ce n’est pas satisfaisant. Olivia, je vous le dis, votre plus grande crainte, ce n’est pas la mort.

_ Du coup on fait quoi? Demanda Olivia. Parce que pendant qu’on tourne en rond à faire le tour de toutes vos relations, j’ai une malédiction qui traîne et ça ne m’arrange pas.

_ On va avancer, dit Athena. Je vous le promets.

_ Déjà, vous prenez un café. Dit Hades qui se levait déjà. Ensuite, vous me racontez tout. Et après, on s’occupe de votre histoire.” Hades laissa Cerbère jouer sur le canapé en attendant son maître tandis qu’il se dirigeait vers la porte. Il sortit de la pièce et revint, quelques minutes plus tard, avec un plateau sur lequel se trouvaient trois mugs aux couleurs du lapin Playboy d’où sortaient de petits volutes de fumée.

Il posa le plateau sur la table basse. Cerbère tournait en rond sur le canapé en attendant que son maître revienne à sa place. Olivia était persuadée qu’il allait uriner sur les lèvres roses afin d’achever de mettre tout le monde mal à l’aise, mais le terrible gardien des enfers n’en fit rien. Chacun choisit un mug et Olivia profita du café bien chaud pendant qu’Athena racontait toute l’histoire.


“Bref, c’est encore la faute de ce vieux con et de l’autre petit enculé d’Hermes, résuma Athena.

_ Chérie, je n’aime pas quand tu parles comme ça, dit Hades.

_ Admettons. Mais ce sont quand même deux beaux gros cons.

_ Ca d’accord. Mais tu vas y faire quoi? Ca fait deux mille cinq cent ans qu’ils sont comme ça. C’est pas à leur âge qu’on change les rayures du zèbre.

_ Ce n’est pas parce qu’ils sont cons depuis très longtemps qu’il ne faut pas essayer de faire quelque chose.”


Athena termina rapidement son café pendant qu’Olivia observait la pièce attentivement.

“Vous ne vous attendiez pas à ça, demanda Hades à Olivia. Vous êtes déçue?

_ Oui. Enfin, non. Je m’attendais à quelque chose de plus sinistre.

_ Vous savez, l’idée que le dieu des morts ou son équivalent soit quelqu’un de triste et glauque, vient des chrétiens. Avant eux, le séjour des morts était plutôt perçu comme quelque chose de joyeux, d’enthousiasmant. Même si c’est triste de mourir, la suite était perçue comme une existence heureuse et débarrassée des contingences de la triste vie mortelle.

_ Encore un coup des chrétiens? Râla Athena.

_ Oui. Répondit Hades. Enculé d’Hermes.”

La Malédiction de la Déesse (21)


*** Paul ***


Seul dans son grand bureau, face à une page de recherche google sur laquelle il n’avait rien tapé depuis deux heures, Paul était confronté à la première crise de sa carrière. Jusqu’ici, il avait été exemplaire. Recruté à vingt deux ans dans un cabinet ministériel, il avait suivi son directeur de cabinet dans les services secrets et depuis un an, il rédigeait des rapports sur le fonctionnement interne de la structure. Quand le directeur de cabinet avait quitté son poste, Paul était resté et on lui avait donné la charge d’un service d’analyse où il passait ses journées à signer des notes qu’il ne comprenait pas ou à faire des statistiques que personne ne lisait.

Cette fois, on lui avait donné l’ordre de régler un problème. Un vrai. Et pour cela, il disposait d’une équipe de durs armés jusqu’aux dents. En plus, il avait carte blanche. Son plus gros souci, c’est qu’il ignorait comment s’y prendre.

A tout hasard, il essaya de taper le nom du logiciel Harpocrate dans la barre de recherche. Le troisième lien, le premier qui n’était pas sponsorisé par google, dirigeait vers la page d’une certaine Olivia Martin, créatrice du logiciel… Paul parcourut rapidement les informations de cette page et en imprima le contenu. Par acquis de conscience, il scruta d’autres pages internet, en particulier dans les actualités, mais n’arriva à rien de mieux.

Sur une des pages du site internet, Olivia Martin détaillait son CV. Tout en bas, elle indiquait sa date de naissance et un numéro de téléphone où la joindre. Il nota ces informations et les envoya au petit lieutenant colonel qui avait osé le prendre de haut.


Quelques minutes plus tard, il recevait un appel. “Monsieur Lachlan? C’est le lieutenant colonel Remy. Le nom et le numéro que vous nous avez donnés sont inconnus des services de police et de gendarmerie. Par contre, cette dame paye des impôts et nous avons son adresse. Souhaitez-vous intervenir ou préférez-vous que j’envoie mon équipe?

_ Allez-y. Trouvez-la et amenez-la ici.

_ Très bien. Je vous contacte dès que nous sommes de retour.”


Paul vérifia sur internet. Des locaux de son agence au domicile de la suspecte, il y avait une dizaine de minutes de trajet en voiture. Comme ses hommes interviendraient sûrement en uniformes et armés, dans une voiture sérigraphiée, le temps de trajet serait réduit de moitié grâce au gyrophare et au deux-tons. L’opération en elle-même prendrait au maximum dix minutes, le temps de trouver l’appartement, puis la suspecte et de la ramener manu militari à la voiture. Dans une heure, cette affaire sera terminée, et ce, grâce à lui. Paul en était persuadé.


Il se fit couler un thé à la vanille et au miel en attendant le coup de fil de ses subordonnés. Le lieutenant colonel truc - c’était un prénom, mais lequel…? - appela un quart d’heure après son dernier coup de fil.

“Monsieur Lachlan? Lieutenant colonel Remy à l’appareil. Nous sommes sur les lieux. La porte est fermée et personne ne répond à nos coups de sonnette. Je suppose que la cible n’est pas chez elle.

_ Vous avez fouillé l’appartement?

_ Dans le cadre de nos missions, c’est interdit monsieur. Je peux vous suggérer que nous l’attendions par contre.

_ Très bien, faites ça. Attendez-la et amenez-la vite.”


*** Hermes ***


Après avoir bouquiné plusieurs heures sans réussir à se concentrer sur le texte, Hermes était convaincu qu’il ne pourrait pas choisir seul la bonne voie à suivre. Il rangea son livre, sortit de chez lui et appela un taxi qui le déposa à l’autre bout de Paris, devant l’atelier de Zeus. Il n’avait plus vu le roi des dieux depuis des années, mas cette fois, il ne pouvait pas faire d’erreur.

Hermes paya le taxi et franchit les portes de la cour intérieure de son père. Sur le seuil de l’atelier, Zeus attendait, un verre d’ouzo en main. Il n’avait pas l’air ravi. “Te revoilà, fouteur de merde?”


Ca démarrait mal. Hermes n’arrivait pas à comprendre pourquoi tout le monde lui en voulait encore. Il allait falloir qu’un jour, les gens oublient cette vague histoire d’exil et passe le dossier dans les légendes anciennes, pour qu’il puisse enfin retrouver l’ambiance de l’Olympe, quand les gens ne l’insultaient pas dès qu’ils le voyaient.

“Bonjour père. Je suis venu vous voir parce qu’il me faut un conseil.

_ Tu veux un conseil sage? Toi qui agis toujours mal en pensant faire le bien?

_ Pas toujours. Et cette fois, je ne veux pas faire d’erreur. C’est pourquoi je sollicite votre aide père.

_ Pas comme ça. Avant de t’aider, je veux que tu me rendes un service.”

Le père des dieux sortit de sa poche une enveloppe et la tendit à Hermes. “Tiens. C’est pour Hera. Tu lui donnes cette enveloppe en mains propres. Je n’attends pas de réponse particulière. Quand ce sera fait, reviens et j’accepterai de t’aider.”

La Malédiction de la Déesse (20)


*** Hermes ***


Cela faisait trois jours qu’Hermes surveillait les actualités sur internet attentivement. Au début il s’était inquiété de la propagation du logiciel Harpocrate, mais depuis ce matin, les bonnes nouvelles tombaient régulièrement. Parmi les dizaines de secrets révélés sur le net, on trouvait de plus en plus de révélations sur des malversations de grands patrons et de sociétés qui n’hésitaient pas à corrompre des représentants politiques. Certains extraits de relevés bancaires étaient particulièrement frappants à cet égard et les journalistes d’investigation s’en donnaient à coeur joie.

Hermes ne savait plus quoi faire.

D’un côté, la divulgation de secrets personnels était grave pour les individus, mais d’un autre côté, ces mêmes révélations concernant des fraudes fiscales ou écologiques graves étaient plutôt une bonne chose pour l’humanité et la planète en général. L’humanité pourrait s’en sortir grandie. Ou au moins débarrassée de certains de ses travers.


Incapable de décider s’il devait lutter contre la diffusion des données ou pas, Hermes éteignit son ordinateur et se donna trois jours pour mieux étudier la situation. Il se rendit dans sa bibliothèque et prit le premier bouquin qui lui tombait sous la main. Dune. Franck Herbert. Sept volumes de quatre cent pages. Il en aurait pour la semaine, ça tombait bien.


*** Olivia ***


Athena et Olivia quittaient le troisième arrondissement et entrèrent dans le onzième. Ce n’était pas un gros changement, il suffisait de traverser un gros boulevard et on passait de l’autre côté de cette frontière administrative arbitraire. Olivia se demanda d’ailleurs pourquoi elles prenaient la voiture puisque les deux arrondissements étaient voisins et qu’elles auraient pu faire le trajet à pied en une dizaine de minutes, mais elle n’osa pas insister auprès de la déesse au sujet d’une question qui ne semblait pas la concerner.

Athena gara la voiture à proximité du métro Oberkampf. “Je vous préviens, dit-elle, votre prochain interlocuteur est quelqu’un d’un peu particulier.

_ Plus qu’Arachne?

_ Pas vraiment dans le même genre. Mais spécial quand même.

_ Qui est-ce?

_ Hades. Le dieu des morts et des enfers.

_ Je dois m’inquiéter?

_ Ca dépend. Vous l’imaginez comment?

_ Une tête de mort, une grande cape noire et une faux dans la main? Avec un chien monstrueux qui garde la porte des enfers.

_ Sur le chien, vous voyez juste. Pour le reste, vous risquez d’être surprise et déçue.”

En discutant, elles marchèrent quelques centaines de mètres et arrivèrent rue de la Folie Méricourt. Athena guida Olivia jusqu’au numéro soixante six et tapa un code sur une porte fermée recouverte d’un tag représentant une tête de mort. Avant d’entrer, Olivia remarqua que le numéro du bâtiment avait été tagué et qu’on y avait ajouté rapidement un troisième six en blanc.

“C’est au sous-sol. Prévint Athena.

_ Je m’y attendais”


Athena passa la première. Le couloir était sombre. Elle chercha un moment l’interrupteur. Dans son souvenir il était un peu trop haut à gauche. La lumière crue que renvoyait le plafonnier rendait l’endroit un peu moins angoissant. Des murs en pierre jaunâtre étaient marqués par des traces d’humidité et de la mousse aux jointures des pierres. Le couloir semblait se prolonger sans fin, surtout à cause de l’obscurité. Athena guida Olivia tout droit. Ensemble, elles passèrent devant plusieurs portes, plutôt modernes, typiques des années 80-90, avec des noms de sociétés branchouilles sur des plaques colorées. Sur la droite, tout au fond, une porte verte en planches de bois portait l’inscription “H - Privé. Ne pas entrer”.

Athena ne tint pas compte de l’avertissement et poussa la porte grinçante. Immédiatement, elle arriva devant un escalier en pierre qui s’enfonçait dans les ténèbres :”Il n’a pas réparé la lumière dans l’escalier. Faites attention en descendant Olivia. Et si vous avez de la lumière avec votre téléphone, c’est le moment d’en faire usage.”

Olivia suivit les instructions d’Athena, pas rassurée. L’escalier ressemblait à l’entrée des enfers telle qu’elle aurait pu l’imaginer. Trop humide, trop chaude et trop étroite. Elle avait à peine posé le pied sur la seconde marche quand elle entendit un aboiement. Sûrement Cerbère, le fameux chien gardien des enfers. Elle ne dit rien pour ne pas se ridiculiser devant Athena. La déesse ne semblait d’ailleurs pas avoir peur.


Elles passèrent sous une arche en pierre et arrivèrent à un embranchement éclairé par des appliques électriques. Sur la gauche, une flèche peinte sur le mur indiquait “Enfer”, sur la droite, une autre pointait vers les “Champs Elysées” En dessous des deux flèches, on lisait difficilement un panneau en carton sur lequel on avait écrit en rouge :“Privé - ne pas entrer”. Elles prirent à gauche. “Forcément”, pensa Olivia. Les aboiements du chien étaient plus forts passée cette arche. Au bout du couloir long de quelques mètres seulement, une porte blindée colorée en vert était éclairée par dessus. Derrière la porte, on entendait les aboiements. Olivia se demanda quel genre de créature pouvait faire autant de bruit.

“Prête Olivia? Demanda Athena avec un sourire mystérieux. J’ouvre.”

La déesse appuya sur la poignée de porte et poussa vers l’avant. Elle avait à peine ouvert la porte d’une quinzaine de centimètres qu’un yorkshire noir avec un ruban rose sur le dessus de la tête se ruait dans le couloir en aboyant et en tentant de sauter sur les visiteuses.

Quelques secondes plus tard, un petit bonhomme, un peu court sur pattes et bedonnant, vêtu d’un pantalon de flanelle et d’une chemise hawaïenne, avec une drôle de coupe de cheveux - peut-être une perruque - sortit par la même porte en pointant ses chaussures à glands de l’index et en criant avec une voix de tête :”Cerbère, viens ici. Ne saute pas sur les dames. Allez reviens Kiki.”

Les ordres de l’homme n’impressionnaient pas le chien qui continuait de sautiller au niveau des genoux d’Olivia. De dépit, l’homme sortit un morceau de chocolat de sa poche, le chien, attiré par le bruit du papier aluminium tourna immédiatement le museau vers l’homme dans les bras duquel il se jeta en échange de son carré de 100% cacao.


“Désolé. Il est comme ça dès qu’il y a du monde qui vient” Assura l’homme d’une toute petite voix maniérée, puis, voyant Athena “Oh, ma Cathy, qu’est-ce que tu fiches ici? Ca fait un bail qu’on ne s’est plus vus.

_ Salut Hades. Mais ne m’appelle pas comme ça. Ca fait vieille folle.

_ Ne m’appelle pas Hades. Ca fait vieux pervers qui se planque derrière internet pour draguer les minets.

_ Tu me fais rire.

_ Entrez les filles. On va dans mon bureau, on sera mieux pour causer.” Ce-disant, il caressait son chien et précéda ses invitées en sautillant dans le couloir.

La Malédiction de la Déesse (40)

*** 1969 *** Hermes terminait son quatrième verre de ricard en compagnie de Dyonisos et de Pan, tous deux vêtus à la dernière mode, avec la ...