dimanche 20 décembre 2020

La Malédiction de la Déesse (32)


*** Hera ***


“Assieds-toi.” Le ton de la déesse était strict. Elle était en colère et voulait que ça se sache. Hermes ne l’avait pas vue dans un tel état depuis qu’ils avaient quitté la Grèce. A cette occasion, Hera avait été tellement en colère qu’une vague sans précédent d’accouchements prématurés avaient eu lieu en moins d’une minute. Penaud, Hermes s’assit en face de la déesse.

“Mère? Que puis-je faire pour vous satisfaire? Demanda Hermes.

_ Ta gueule. Intima Hera. Je parle. Tu écoutes et tu fermes ta gueule. J’ai discuté avec ton père et tu nous a foutu dans la merde tous les deux. Tu te crois où? Quand on te dit de porter un courrier, tu emmènes le courrier et son contenu et tu ne le lis pas. Et encore moins tu en changes le contenu. Compris?

_ Oui mère.

_ C’est la dernière fois que je te le dis. Maintenant, il va falloir te faire pardonner. J’en ai marre de tes conneries. Et à cause de toi, je rate mon feuilleton.

_ Vous l’enregistrez comme je vous l’ai montré sur l’appareil que j’ai installé dans votre salon?

_ Oui, mais c’est mieux en direct, sinon je prends du retard, disait la déesse en s’apaisant un peu..

_ Je suis sûr que vous arriverez à suivre mère.

_ Evidemment j’arrive à suivre. Les histoires de cul de l’Olympe étaient plus difficiles à suivre que ces petites histoires. Et ce n’est pas la question. J’ai dit tu fermes ta gueule et tu m’écoutes sinon je vais perdre le fil.

_ Oui mère.

_ Vas me chercher une bière.”


Hermes se leva et se dirigea vers la cuisine. A mi-chemin, il se retourna. “Mère, j’ai peur de ne pas en avoir. Je peux vous amener du vin? J’ai un petit bordeaux de 1954 qui pourrait vous plaire.

_ Non. Laisse tomber ta piquette et reviens.”

Hermes fit à nouveau demi-tour. Il attendit un geste d’Hera pour s’asseoir.

“Maintenant, il faut qu’on cause du bordel que tu as foutu.

_ A quel moment? Encore cette histoire en Grèce?

_ Non. La lettre anonyme que tu as écris dans les années soixante. Tu sais qu’à cause de toi, j’ai maudit la gamine?

_ La gamine a cinquante ans, ce n’est plus tout à fait une gamine.

_ Ce n’est pas la question. J’ai chargé Catherine d’aider cette gosse. Sauf qu’elles rament toutes les deux. Il y a du boulot et elles ont du mal à s’en sortir. Alors tu vas les aider.

_ Mais pourquoi? Je ne suis au courant de rien et il me semble que Catherine est vachement plus forte que moi. En tout d’ailleurs.

_ Tu lui serviras d’assistant. Tu feras le café, n’importe quoi. Je m’en fous. Tu y vas. Et tu aides. Et si Athena te demande de te rouler dans la merde pour te faire pardonner, tu le fais. Sinon ça va chier.

_ Oui mère.

_ Et maintenant je me casse. J’ai besoin d’une bière et ton truc d’enregistrement ça ne vaut rien.”


Sur le chemin du retour, un jeune homme céda sa place dans le métro à la déesse. Elle lui sourit et le remercia chaleureusement. Le soir même, le jeune homme qui jouait depuis trois ans en vain gagnait la somme exacte dont il avait besoin à l’euromillions pour abandonner son travail de télévendeur et ouvrir la fromagerie de ses rêves dans le Cantal.


*** Olivia ***


“Vous n’avez qu’à y aller toute seule” criait la déesse. “Je refuse de voir ce con.

_ Il va falloir être raisonnable, dit Olivia. Si on veut avancer dans cette histoire, j’ai besoin de votre aide. Je ne peux pas aller chez Hermes toute seule. Je ne sais même pas où c’est.

_ Ca tombe bien, on n’y va pas. On va chez Charon et lui saura vous aider.

_ Vous y croyez vraiment?

_ Pas le choix. Je ne veux plus voir ce connard d’Hermes.

_ Et si Charon ne peut rien faire?

_ On verra si ça arrive, mais pour moi, c’est non.

_ Vous êtes la déesse de la sagesse non? Vous ne voulez pas vous montrer sage?

_ Je veux bien être sage. Mais il faut arrêter de déconner. Je n’irai pas chez l’autre tâche.

_ Tout ça pour une histoire vieille de mille cinq cent ans. Franchement, vous vous prenez le chou pour rien.

_ Ca c’est mon problème ma petite dame. Vous n’étiez pas née. Vous ne pouvez pas juger.

_ Admettons. Je fais un effort. On va voir Charon. Et s’il ne peut rien faire, vous acceptez de me conduire chez Hermes, vous me le présentez et ensuite vous partez et je me débrouille avec lui.

_ Mais il va vous retourner comme une crêpe. Vous ne pourrez pas vous défendre, c’est un expert en manipulation. A côté de lui, vos politiciens modernes font figure d’enfants de choeur.

_ Vous m’aiderez alors? Je ne peux pas m’en sortir seule manifestement. Et vous avez promis à Heta.

_ Si Charon ne peut rien faire…” Athena prit un moment pour réfléchir :” Admettons, vous avez gagné.”


Olivia imprima sur son visage un grand sourire qui laissa la déesse perplexe.

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