dimanche 20 décembre 2020

La Malédiction de la Déesse (26)


*** Athena ***


Athena arriva chez Olivia très tôt. Celle-ci n’était pas encore lavée, et prennait son petit déjeuner devant une chaîne d’information en continu. Athena fut conviée à partager un thé et elle éteignit la télévision pour discuter avec Olivia dans le calme. “Alors, vous avez réfléchi à cette malédiction?

_ Un peu, répondit Olivia en mâchant une tartine de confiture de framboises. Je pense pouvoir dire qui est mon pire ennemi.

_ Très bien. On avance. Dites-moi tout.

_ Quand j’étais à la fac, un sale type avait tenté de m’agresser dans une salle assez tard à la sortie d’un cours. Je pense que ça pourrait être lui.

_ Vous connaissez son nom?

_ Non. Mais c’est un peu ce qui m’était arrivé de pire jusqu’à cette histoire de malédiction.

_ Ca ne marche pas. Un pire ennemi, on connaît son nom. Ou au moins, on voit qui c’est. Un adversaire aléatoire dont on a oublié le nom, c’est juste un accident.

_ J’ai beau réfléchir, je ne vois pas. Le pire des trucs qui me soit arrivé, c’est quand mon logiciel a commencé à buguer la semaine dernière, puis ce chèque en bois. Mais je n’ai pas vraiment d’ennemi dans cette histoire. C’est juste un bug a priori.

_ Vous en êtes sûre?

_ Certaine. Un problème de compatibilité avec d’autres logiciels. Un truc imprévisible et aléatoire là aussi. Sauf à prendre le temps d’étudier tous les logiciels installés sur tous les ordinateurs d’une multinationale et de vérifier leur compatibilité avant d’installer quoi que ce soit. Mais c’est un travail de titan.

_ De titan? C’est à dire?

_ Il faudrait ne faire que ça pendant des mois, et sans prendre le temps de dormir ni manger autre chose que des sandwiches vite fait. Personne ne peut faire ça.

_ Ni dormir, ni manger pendant des mois. Aucun mortel ne peut faire ça, vous avez raison.

_ L’autre possibilité serait de modifier le code source du logiciel. Je peux le faire mais tout le monde ne téléchargera pas les mises à jour et le problème se reproduira. Il faudrait couper internet partout simultanément et forcer le téléchargement du correctif. Pour la deuxième partie, pas de souci, mais couper internet dans le monde entier, c’est quasiment impossible.”


*** Zeus ***


Zeus n’attendait personne de si bon matin. La personne qui appuyait sur la sonnette insistait lourdement. Peut être un recommandé ou des gamins qui jouaient. Le dieu enfila rapidement un pantalon et une chemise de bûcheron et se rendit de l’autre côté de la cour en trottant. Le doigt de son invité mystère tripotait la sonnette avec frénésie. Zeus débloqua la lourde porte de métal et découvrit avec stupeur le visage d’Hera, tout sourire. Elle portait un de ses vieux survêtements de sport bon marché.

“Qu’est-ce que tu fous là? Demanda-t-il.

_ J’ai lu ta lettre. Je suis venue tout de suite.

_ Je vis bien que tu es venue mais je ne comprends pas.”

Hera bouscula un peu Zeus pour entrer et elle ferma la porte derrière elle. Après tout, elle était ici chez elle, aussi bien que ce vieux grincheux. D’ailleurs, dans les séries qu’elle aimait tant, dans ce genre de situation, c’était toujours celui à qui on demandait de revenir qui avait la main. Pour le moment, Hera avait les choses bien en main et elle comptait faire en sorte qu’il en soit ainsi pour longtemps.

“Dans ta lettre, tu me disais que tu m’aimais encore, que tu voulais qu’on se remette ensemble. Alors j’étais venu discuter des conditions de mon retour. J’accepte de revenir, si tu acceptes ces conditions.

_ Je ne comprends toujours pas.

_ C’est pourtant simple. La lettre que Nikos..;

_ Hermes.

_ ...Hermes m’a apportée. Celle que tu lui as confiée. Tu y disais que tu voulais qu’on redevienne un couple. Je veux bien mais sous conditions.

_ C’est n’importe quoi, je ne t’ai jamais envoyé ce genre de lettre. Je t’ai écrit pour te dire de ne plus jamais lancer de malédiction au hasard, surtout pour des histoires de cul qui ont déjà soixante ans.” Le visage de Zeus reflétait sa colère. Au dessus de Paris, des nuages noirs s’amoncelaient. Hera, face à lui, était à la fois rouge de colère et de honte.”


“Montre-moi cette lettre.” Cria Zeus. Hera sortit de son sac banane noir Waikiki une feuille A4 froissée. Zeus en lut le contenu rapidement. Les nuages d’orage au dessus de Paris devinrent plus sombres encore. On remarqua par moments des éclairs à l’intérieur des gigantesques cumulo-nimbus qui n’étaient pas prévus par Météo France.

“Quel petit connard. Dit-il après avoir terminé sa lecture.

_ De qui parles-tu?

_ Hermes. Ce salopard a modifié ma lettre.

_ Quoi?

_ Il t’a écrit une lettre stupide et a sûrement jeté la mienne. Dans mon courrier, je te disais d’éviter les malédictions, d’arrêter de faire chier pour des histoires vieilles de plusieurs siècles et de me foutre la paix!”

A ce moment-là, La foudre frappa Paris à plusieurs reprises. Au même instant, plusieurs couples eurent leurs premières disputes ou se séparaient définitivement.


Zeus indiqua sans ménagement à Hera la direction de la porte. “Et maintenant tu dégages”, ajouta le roi des deux. Hera ne se fit pas prier pour repartir, humiliée par Zeus et humiliée par Hermes. Au moment où elle posait le pied dans la rue, une forte pluie tombait sur la ville, cachant les larmes de la déesse trempée.

A l’intérieur de la cour, Zeus en colère leva le poing bien haut. La foudre le frappa directement sur la main droite. “Si je mets la main sur ce petit con, je lui fais payer tout ce qui nous est arrivé depuis qu’on a quitté la Grèce par sa faute.” La foudre jaillit alors de la main du dieu, monta vers le ciel et se dirigea vers l’ouest de la ville.

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