La déesse savait déjà qu’elle passait pour une folle depuis qu’elle avait commencé à parler. Soudain, elle songea à Cassandre qui n’était jamais crue, quoi qu’elle dise. En face d’elle, Olivia finissait son hamburger et semblait n’écouter qu’à moitié ses élucubrations. “Je pense pouvoir vous présenter votre père.
_ Il ne doit plus être tout jeune, répondit Olivia en retirant un bout de salade du burger.
_ Non. En effet. Mais je vous préviens, il est encore très en forme.
_ Tant mieux pour lui. Mais vous savez, je n’ai pas vraiment besoin de ça. D’ailleurs, je pense que je sais pourquoi vous êtes là.
_ Ah? Comment ça?
_ Vous venez m’annoncer que vous êtes ma soeur et que vous m’avez retrouvée, ou un truc dans le genre. Vous voulez retrouver votre famille parce que votre père vous a dit qu’il avait eu une fille cachée dans les années soixante.
_ Pas tout à fait, mais vous y êtes presque.”
C’est le moment où Athena se dit qu’elle avait une chance. Si cette fille était capable de balancer une théorie assez idiote pour passer dans les séries que regardait Hera toute la journée, elle pourrer avaler la vérité sans trop broncher.
“Vous avez entendu parler de Zeus?
_ Zeus? Le dieu grec? Oui, comme tout le monde.” Olivia remarqua que son interlocutrice avait changé de sujet, sans transition d’ailleurs, mais ne dit rien. Elle ne voulait surtout pas que la conversation s’éternise. Elle avala les dernières bouchées de son repas pendant que son invitée semblait réfléchir intensément.
Athena respira un grand coup et déclara :”Il est fort probable que vous soyez sa fille.”
*** Olivia ***
Maintenant, elle en était sûre. Cette femme était folle. Il ne restait plus qu’à dire oui à tout ce qu’elle dirait et espérer qu’elle sorte d’elle-même sans avoir à contacter la police.
“Probable? Comment ça probable?
_ Vous êtes née en 1969. Le 31 juillet. C’est bien çà?
_ euh, oui. En effet. Comment savez-vous cela?
_ Je sais quand vous avez été conçue. A partir de là, c’est assez facile.
_ Et comment savez vous quand j’ai été conçue?
_ Grâce à cette lettre.” La femme sortit de sa poche un vieux papier, sur lequel il était écrit quelque chose en grec. Olivia ne pouvait pas le lire.
“Ce document prouve quelque chose?
_ Evidemment, vous ne lisez pas le grec ancien… Est-ce que vous avez eu des problèmes récemment? Des difficultés? Des soucis que vous n’aviez pas avant?
_ Si on veut. J’ai eu des soucis avec mon boulot.
_ Je pense savoir pourquoi. Vous avez été maudite.
_ Maudite? Sûrement oui.” Olivia se dit qu’il fallait vraiment mettre cette femme dehors. “Vous me laissez un instant?”
*** Athena ***
Olivia se leva et partit vers la cuisine avec les emballages de son repas. Athena ne voulait pas abandonner mais elle voyait bien qu’elle n’était pas crue. Il fallait trouver quelque chose et vite. Avant le retour d’Olivia, elle changea d’apparence et prit celle de sa statuaire antique. Ce genre de tour de magie avait de quoi impressionner un mortel et pouvait prouver qu’elle disait la vérité.
En un instant, Athena ne ressemblait plus à une femme d’une cinquantaine d’années en tailleur triste, avec de grosses lunettes de vue, mais à la déesse antique telle que Phidias l’avait sculptée. Couronnée de son casque d’or, avec l’Egide en main et drapée d’une tunique blanche maintenue sur l’épaule par une simple fibule. Elle faisait trente ans de moins. Il ne manquait que la chouette, mais en ville, se trimballer avec ce genre d’accessoire n’était pas forcément utile.
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