*** Paul ***
Le lieutenant-colonel machin - Paul connaissait son nom, mais il lui était impossible de le retrouver pour le moment, ce n’est pas toujours facile de retenir le nom de tous les sous-fifres - revenait dans le bureau de Paul après une demi-journée de recherches. Il tendit à Paul deux dossiers cartonnés que ce dernier ouvrit avec avidité. Le premier, bleu, concernait Harpocrate. Il ne contenait que des coupures de presse tirées d’internet et un document d’une demi-page qui reprenait vaguement les conclusions auquel Paul avait plus ou moins abouti au moment où on lui avait refilé l’enquête. L’autre dossier, jaune et très épais, contenait de très nombreuses coupures de presse évoquant Olivia Martin. Ainsi que des copies écran de Facebook, Twitter, Tinder, Linkedin… Mais en regardant attentivement, il ne s’agissait pas toujours de la même personne sur les photos. “Je ne comprends pas, bégaya-t-il.
_ Sans date de naissance, impossible d’identifier une personne précisément. On n’est pas dans une série américaine, monsieur. Nous avons regroupé tout ce que nous avons sur toutes les Olivia Martin de France. Pour plus de précisions, Il nous faut plus d’informations.
_ Vous n’avez rien fait?
_ On a fait ce qu’on a pu.
_ Je vais en référer au Général.”
Le lieutenant colonel eut un sourire mesquin et quitta le bureau prestement après un salut réglementaire et un demi-tour digne du défilé du quatorze juillet.
Paul suivit son subordonné hors du bureau et se dirigea, presque en courant vers le bureau du Général. Le secrétaire lui ouvrit et Paul entra. Quand il fut à moins de deux mètres du bureau, il s’arrêta avec respect. Le général était occupé à lire un dossier épais qu’il referma quelques minutes plus tard. “Que voulez-vous?” Le ton du vieil homme était sec.
“J’ai des informations sur notre problème de logiciel. Celui dont nous avons parlé hier.
“Vous avez réglé le problème?
_ Non. J’ai avancé. Je voulais rendre compte de mes avancées et vous demander des instructions précises.”
Le général recula son fauteuil et se leva, non sans quelques difficultés, de son siège. Il fit lentement le tour de son bureau, écrasa son cigare dans un cendrier déjà bien rempli et prit Paul par les épaules. Tout en parlant, il l’accompagnait, lentement mais sûrement, vers la porte. “Voyez-vous mon cher, je suis le directeur ici. Je suis occupé. Très occupé. Je n’ai pas beaucoup de temps pour régler les problèmes divers et variés de mes petits collaborateurs”. A la fin de cette phrase, il fit une pause pour tousser, puis reprit :”Ainsi, jeune homme, quand je donne l’instruction à quelqu’un de régler un problème, je m’attends à ce qu’il s’occupe de tout.” Il tendit le bras vers le haut :”S’il y a un problème, je dis à quelqu’un de s’en occuper et…” le général baissa le bras soudainement “... il n’y a plus de problème. Ensuite, ce quelqu’un vient me casser les couilles avec ses rapports et ses analyses. Vous comprenez l’analogie avec votre situation je suppose?”
Paul hocha la tête, il n’osait rien dire. Ce n’était pas vraiment une question
“Pour paraphraser : fiston, tu te débrouilles, je veux des résultats. Sinon j’engage quelqu’un de compétent et tu vas bosser à la compta avec deux zéros de moins sur ton putain de salaire d’incompétent surdiplômé. Compris?”
Tandis qu’il terminait sa phrase, le général avait amené Paul sur le seuil de son bureau et, au moment où il terminait sa tirade, le secrétaire refermait la porte violemment sur le nez de Paul.
*** Olivia ***
Olivia revint dans le salon, souriante. La police n’avait pas encore répondu à son appel, mais elle avait son téléphone en poche et s'apprêtait à tout enregistrer. Juste au cas où la femme deviendrait dangereuse. Olivia fut surprise de ne pas voir la cinquantenaire sur le canapé, mais d’y trouver, autre chose.
“Qui êtes-vous?
_ Athena. Mais je suis là depuis un moment. Vous ne pouviez juste pas bien voir.
_ Je ne comprends pas.
_ Je vous ai dit la vérité jusqu’ici. C’est ma façon de le prouver. Je suis Athena, vous êtes la fille de Zeus. Une des filles de Zeus.
_ Je ne comprends pas.
_Je vais reprendre depuis le début. Mais si ça ne vous gêne pas, je me change. Je déteste cette tenue.” Athena brilla un instant, comme un diamant éclairé de plusieurs côtés à la fois, puis se transforma à nouveau en petite dame insignifiante. Le casque, la tunique et la lance bizarre avaient disparus.
Olivia sortit son téléphone de sa poche et interrompit l’enregistrement. Elle contemplait la déesse, émerveillée.
“Vous voulez que je reprenne depuis le début peut être?”, demanda Athena.
Olivia secoua la tête. C’était nécessaire.
samedi 19 décembre 2020
La Malédiction de la Déesse (16)
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