samedi 19 décembre 2020
La Malédiction de la Déesse (19)
*** Arachné ***
Parfois, dans la vie, on reçoit la visite de gens qu’on n’aime pas trop. Et parfois, ce sont des gens qu’on déteste vraiment. Quand Arachné reçut le coup de fil d’Athéna pour prévenir qu’elle venait avec une de ses amies, elle commença par râler. Elle était d’autant plus en colère qu’elle ne pouvait rien faire pour empêcher la déesse de lui rendre visite.
Leur contentieux datait déjà de deux millénaires et demi. A l’époque, cette saleté de déesse lui avait proposé un concours de tissage, et comme Arachné était, de loin, meilleure que l’autre prétentieuse, la déesse avait déchiré son travail. Dégoûtée, Arachné s’était suicidée, mais l’autre peste lui avait rendu la vie. Et pour l’humilier encore plus, elle l’avait transformée en araignée. De façon définitive.
Heureusement pour Arachné, Pan était passé par là et avait plaidé la cause de la tisseuse auprès du dieu Hermes. Arachné avait pu reprendre sa forme humaine, presque deux mille ans après son affrontement avec Athéna, mais elle avait gardé une rancoeur assez forte vis à vis de la déesse de la sagesse. Elle refusa de l'accueillir chez elle et préféra proposer un rendez-vous en terrain neutre, là où tout le monde pourrait les voir et éventuellement fournir des témoins si jamais Athena lui faisait un de ces sales tours.
*** Olivia ***
Athena arrêta sa petite voiture urbaine à une centaine de mètres du bistrot où le rendez-vous était prévu. “Je pense que vous feriez mieux d’y aller seule, dit la déesse.
_ Comment?
_ Je crois que c’est mieux, pour vaincre vos peurs, et tout ça. Vous ne pourrez pas la rater, Elle sera au fond, dans un coin du bar, sur la place, avec un tricot vert et noir et un air à ne pas vouloir être là.
_ Je ne comprends pas. Je dois voir une araignée?
_ C’est tout comme. Bonne chance.” La déesse déverrouilla la portière passager et Olivia se sentit obligée de sortir.
Olivia trouva facilement le bar sur la petite place. Elle était surprise de n’y trouver qu’un bar car l’endroit était accueillant, ensoleillé mais avec quelques arbres, la place offrait quelques bancs où se reposer à l’abri de la circulation parisienne. Le bar s’appellait “l’Olympe”. La blague n’était pas du goût d’Olivia. En y entrant, le serveur la dévisagea. Elle repéra le fond du bar et pointa du doigt la table occupée par une très jeune femme brune avec de grands yeux verts occupée à tricoter. ‘Je suis attendue. Je prendrai un café. Merci.”
Le bar n’avait rien d’extraordinaire. On n’y trouvait que quelques banquettes sur les côtés et une déco un peu décrépie comme on en trouvait dans presque tous les bars branchés ces derniers temps dans la capitale. Au mur, la photo inévitable de Brassens, Brel et Ferré en pleine discussion trônait au dessus des têtes des clients. La radio diffusait une musique quasi inaudible à cause du bruit que faisaient un groupe d’étudiants qui jouaient à la belotte près du bar.
Olivia s’approcha de la jeune femme au tricot qui dévisagea Olivia quelques secondes avant de lui dire :“Tu n’es pas l’autre salope?”
Olivia sourit à cette question. “Je ne suis pas Athena, si c’est le sens de votre question.
_ Toi aussi elle t’a foutue dans la merde? Elle veut que tu fasses son sale boulot
_ Non. Elle voulait plutôt m’aider.
_ T’aider à quoi?”
Le serveur arriva à ce moment, porteur d’un plateau sur lequel se trouvait une tasse de café, accompagné de son petit chocolat noir, du sucre et du verre d’eau que réclamaient les parisiens systématiquement. Olivia s’assit face à la tricoteuse. La jeune femme n’était pas souriante, mais très familière, c’était le genre de conversations qu’Olivia esquivait habituellement.
“Il paraît que vous… que tu t’y connais en araignées?
_ C’est l’autre salope qui t’a dit ça je suppose? Elle t’a dit que je m’y connaissais par sa faute?
_ Elle n’est pas entrée dans les détails. Elle voulait t’éviter surtout j’ai l’impression.
_ Ca ne m’étonne pas. Elle a la frousse.
_ Moi aussi j’ai peur des araignées d’habitude. Mais là, ça va.
_ C’est parce que je suis humaine que tu n’as pas peur. Je ne suis plus une araignée.”
Olivia essaya d’amorcer la conversation. Elle ne savait pas comment commencer ni ce qu’elle devait - ou pouvait - vraiment dire. Elle tenta de parler du tricot qui occupait Arachne puis parlèrent ensuite de l’incident qui avait fâché la tricoteuse et Athena. Plus tard, Olivia profita d’un instant de silence pour parler d’Hera et de la malédiction.
“Tu sais, si ça se trouve, ta peur des araignées, c’est du flan. En ma présence, ceux qui ont peur de ces petites bêtes sont en panique. Ce n’est pas ton cas.
_ Tu es sûre?
_ Oui. tu n’es pas en panique.
_ Non, je veux dire, les gens qui ont peur des araignées ont peur de toi?
_ J’en suis certaine. L’autre jour, un type n’a pas pu entrer dans le bar, juste après m’avoir aperçue dans le coin. Il était tétanisé. Pour rien, je ne lui aurai pas parlé, j’aime bien qu’on me foute la paix d’habitude.”
Après une demi-heure environ à parler de tout et de rien, Olivia prit congé et retourna à l’endroit où Athena était garée.
“Zéro résultat. C’était une jeune femme très sympathique mais tout ce qu’elle a pu faire, c’est m’expliquer que je n’avais pas peur des araignées.
_ Je m’y attendais. C’est le genre de peur auto-construites d’habitude. Vous avez peur parce que vous pensez avoir peur et ça enchaîne sur un cercle vicieux sans réalité.
_ C’est ce qu’elle m’a dit. On a peur d’une représentation idéalisée et on finit par avoir peur de ce qui fait peur a tout le monde. Bref, je n’ai pas peur des araignées.
_ On va travailler sur votre peur de la mort alors. C’est quelque chose que tous les mortels ressentent a priori. Même Achille a tremblé à un petit moment, je pense qu’on voit bientôt le bout de cette histoire.”a
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