Cela faisait trois jours qu’Hermes surveillait les actualités sur internet attentivement. Au début il s’était inquiété de la propagation du logiciel Harpocrate, mais depuis ce matin, les bonnes nouvelles tombaient régulièrement. Parmi les dizaines de secrets révélés sur le net, on trouvait de plus en plus de révélations sur des malversations de grands patrons et de sociétés qui n’hésitaient pas à corrompre des représentants politiques. Certains extraits de relevés bancaires étaient particulièrement frappants à cet égard et les journalistes d’investigation s’en donnaient à coeur joie.
Hermes ne savait plus quoi faire.
D’un côté, la divulgation de secrets personnels était grave pour les individus, mais d’un autre côté, ces mêmes révélations concernant des fraudes fiscales ou écologiques graves étaient plutôt une bonne chose pour l’humanité et la planète en général. L’humanité pourrait s’en sortir grandie. Ou au moins débarrassée de certains de ses travers.
Incapable de décider s’il devait lutter contre la diffusion des données ou pas, Hermes éteignit son ordinateur et se donna trois jours pour mieux étudier la situation. Il se rendit dans sa bibliothèque et prit le premier bouquin qui lui tombait sous la main. Dune. Franck Herbert. Sept volumes de quatre cent pages. Il en aurait pour la semaine, ça tombait bien.
*** Olivia ***
Athena et Olivia quittaient le troisième arrondissement et entrèrent dans le onzième. Ce n’était pas un gros changement, il suffisait de traverser un gros boulevard et on passait de l’autre côté de cette frontière administrative arbitraire. Olivia se demanda d’ailleurs pourquoi elles prenaient la voiture puisque les deux arrondissements étaient voisins et qu’elles auraient pu faire le trajet à pied en une dizaine de minutes, mais elle n’osa pas insister auprès de la déesse au sujet d’une question qui ne semblait pas la concerner.
Athena gara la voiture à proximité du métro Oberkampf. “Je vous préviens, dit-elle, votre prochain interlocuteur est quelqu’un d’un peu particulier.
_ Plus qu’Arachne?
_ Pas vraiment dans le même genre. Mais spécial quand même.
_ Qui est-ce?
_ Hades. Le dieu des morts et des enfers.
_ Je dois m’inquiéter?
_ Ca dépend. Vous l’imaginez comment?
_ Une tête de mort, une grande cape noire et une faux dans la main? Avec un chien monstrueux qui garde la porte des enfers.
_ Sur le chien, vous voyez juste. Pour le reste, vous risquez d’être surprise et déçue.”
En discutant, elles marchèrent quelques centaines de mètres et arrivèrent rue de la Folie Méricourt. Athena guida Olivia jusqu’au numéro soixante six et tapa un code sur une porte fermée recouverte d’un tag représentant une tête de mort. Avant d’entrer, Olivia remarqua que le numéro du bâtiment avait été tagué et qu’on y avait ajouté rapidement un troisième six en blanc.
“C’est au sous-sol. Prévint Athena.
_ Je m’y attendais”
Athena passa la première. Le couloir était sombre. Elle chercha un moment l’interrupteur. Dans son souvenir il était un peu trop haut à gauche. La lumière crue que renvoyait le plafonnier rendait l’endroit un peu moins angoissant. Des murs en pierre jaunâtre étaient marqués par des traces d’humidité et de la mousse aux jointures des pierres. Le couloir semblait se prolonger sans fin, surtout à cause de l’obscurité. Athena guida Olivia tout droit. Ensemble, elles passèrent devant plusieurs portes, plutôt modernes, typiques des années 80-90, avec des noms de sociétés branchouilles sur des plaques colorées. Sur la droite, tout au fond, une porte verte en planches de bois portait l’inscription “H - Privé. Ne pas entrer”.
Athena ne tint pas compte de l’avertissement et poussa la porte grinçante. Immédiatement, elle arriva devant un escalier en pierre qui s’enfonçait dans les ténèbres :”Il n’a pas réparé la lumière dans l’escalier. Faites attention en descendant Olivia. Et si vous avez de la lumière avec votre téléphone, c’est le moment d’en faire usage.”
Olivia suivit les instructions d’Athena, pas rassurée. L’escalier ressemblait à l’entrée des enfers telle qu’elle aurait pu l’imaginer. Trop humide, trop chaude et trop étroite. Elle avait à peine posé le pied sur la seconde marche quand elle entendit un aboiement. Sûrement Cerbère, le fameux chien gardien des enfers. Elle ne dit rien pour ne pas se ridiculiser devant Athena. La déesse ne semblait d’ailleurs pas avoir peur.
Elles passèrent sous une arche en pierre et arrivèrent à un embranchement éclairé par des appliques électriques. Sur la gauche, une flèche peinte sur le mur indiquait “Enfer”, sur la droite, une autre pointait vers les “Champs Elysées” En dessous des deux flèches, on lisait difficilement un panneau en carton sur lequel on avait écrit en rouge :“Privé - ne pas entrer”. Elles prirent à gauche. “Forcément”, pensa Olivia. Les aboiements du chien étaient plus forts passée cette arche. Au bout du couloir long de quelques mètres seulement, une porte blindée colorée en vert était éclairée par dessus. Derrière la porte, on entendait les aboiements. Olivia se demanda quel genre de créature pouvait faire autant de bruit.
“Prête Olivia? Demanda Athena avec un sourire mystérieux. J’ouvre.”
La déesse appuya sur la poignée de porte et poussa vers l’avant. Elle avait à peine ouvert la porte d’une quinzaine de centimètres qu’un yorkshire noir avec un ruban rose sur le dessus de la tête se ruait dans le couloir en aboyant et en tentant de sauter sur les visiteuses.
Quelques secondes plus tard, un petit bonhomme, un peu court sur pattes et bedonnant, vêtu d’un pantalon de flanelle et d’une chemise hawaïenne, avec une drôle de coupe de cheveux - peut-être une perruque - sortit par la même porte en pointant ses chaussures à glands de l’index et en criant avec une voix de tête :”Cerbère, viens ici. Ne saute pas sur les dames. Allez reviens Kiki.”
Les ordres de l’homme n’impressionnaient pas le chien qui continuait de sautiller au niveau des genoux d’Olivia. De dépit, l’homme sortit un morceau de chocolat de sa poche, le chien, attiré par le bruit du papier aluminium tourna immédiatement le museau vers l’homme dans les bras duquel il se jeta en échange de son carré de 100% cacao.
“Désolé. Il est comme ça dès qu’il y a du monde qui vient” Assura l’homme d’une toute petite voix maniérée, puis, voyant Athena “Oh, ma Cathy, qu’est-ce que tu fiches ici? Ca fait un bail qu’on ne s’est plus vus.
_ Salut Hades. Mais ne m’appelle pas comme ça. Ca fait vieille folle.
_ Ne m’appelle pas Hades. Ca fait vieux pervers qui se planque derrière internet pour draguer les minets.
_ Tu me fais rire.
_ Entrez les filles. On va dans mon bureau, on sera mieux pour causer.” Ce-disant, il caressait son chien et précéda ses invitées en sautillant dans le couloir.
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