samedi 19 décembre 2020
La Malédiction de la Déesse (21)
*** Paul ***
Seul dans son grand bureau, face à une page de recherche google sur laquelle il n’avait rien tapé depuis deux heures, Paul était confronté à la première crise de sa carrière. Jusqu’ici, il avait été exemplaire. Recruté à vingt deux ans dans un cabinet ministériel, il avait suivi son directeur de cabinet dans les services secrets et depuis un an, il rédigeait des rapports sur le fonctionnement interne de la structure. Quand le directeur de cabinet avait quitté son poste, Paul était resté et on lui avait donné la charge d’un service d’analyse où il passait ses journées à signer des notes qu’il ne comprenait pas ou à faire des statistiques que personne ne lisait.
Cette fois, on lui avait donné l’ordre de régler un problème. Un vrai. Et pour cela, il disposait d’une équipe de durs armés jusqu’aux dents. En plus, il avait carte blanche. Son plus gros souci, c’est qu’il ignorait comment s’y prendre.
A tout hasard, il essaya de taper le nom du logiciel Harpocrate dans la barre de recherche. Le troisième lien, le premier qui n’était pas sponsorisé par google, dirigeait vers la page d’une certaine Olivia Martin, créatrice du logiciel… Paul parcourut rapidement les informations de cette page et en imprima le contenu. Par acquis de conscience, il scruta d’autres pages internet, en particulier dans les actualités, mais n’arriva à rien de mieux.
Sur une des pages du site internet, Olivia Martin détaillait son CV. Tout en bas, elle indiquait sa date de naissance et un numéro de téléphone où la joindre. Il nota ces informations et les envoya au petit lieutenant colonel qui avait osé le prendre de haut.
Quelques minutes plus tard, il recevait un appel. “Monsieur Lachlan? C’est le lieutenant colonel Remy. Le nom et le numéro que vous nous avez donnés sont inconnus des services de police et de gendarmerie. Par contre, cette dame paye des impôts et nous avons son adresse. Souhaitez-vous intervenir ou préférez-vous que j’envoie mon équipe?
_ Allez-y. Trouvez-la et amenez-la ici.
_ Très bien. Je vous contacte dès que nous sommes de retour.”
Paul vérifia sur internet. Des locaux de son agence au domicile de la suspecte, il y avait une dizaine de minutes de trajet en voiture. Comme ses hommes interviendraient sûrement en uniformes et armés, dans une voiture sérigraphiée, le temps de trajet serait réduit de moitié grâce au gyrophare et au deux-tons. L’opération en elle-même prendrait au maximum dix minutes, le temps de trouver l’appartement, puis la suspecte et de la ramener manu militari à la voiture. Dans une heure, cette affaire sera terminée, et ce, grâce à lui. Paul en était persuadé.
Il se fit couler un thé à la vanille et au miel en attendant le coup de fil de ses subordonnés. Le lieutenant colonel truc - c’était un prénom, mais lequel…? - appela un quart d’heure après son dernier coup de fil.
“Monsieur Lachlan? Lieutenant colonel Remy à l’appareil. Nous sommes sur les lieux. La porte est fermée et personne ne répond à nos coups de sonnette. Je suppose que la cible n’est pas chez elle.
_ Vous avez fouillé l’appartement?
_ Dans le cadre de nos missions, c’est interdit monsieur. Je peux vous suggérer que nous l’attendions par contre.
_ Très bien, faites ça. Attendez-la et amenez-la vite.”
*** Hermes ***
Après avoir bouquiné plusieurs heures sans réussir à se concentrer sur le texte, Hermes était convaincu qu’il ne pourrait pas choisir seul la bonne voie à suivre. Il rangea son livre, sortit de chez lui et appela un taxi qui le déposa à l’autre bout de Paris, devant l’atelier de Zeus. Il n’avait plus vu le roi des dieux depuis des années, mas cette fois, il ne pouvait pas faire d’erreur.
Hermes paya le taxi et franchit les portes de la cour intérieure de son père. Sur le seuil de l’atelier, Zeus attendait, un verre d’ouzo en main. Il n’avait pas l’air ravi. “Te revoilà, fouteur de merde?”
Ca démarrait mal. Hermes n’arrivait pas à comprendre pourquoi tout le monde lui en voulait encore. Il allait falloir qu’un jour, les gens oublient cette vague histoire d’exil et passe le dossier dans les légendes anciennes, pour qu’il puisse enfin retrouver l’ambiance de l’Olympe, quand les gens ne l’insultaient pas dès qu’ils le voyaient.
“Bonjour père. Je suis venu vous voir parce qu’il me faut un conseil.
_ Tu veux un conseil sage? Toi qui agis toujours mal en pensant faire le bien?
_ Pas toujours. Et cette fois, je ne veux pas faire d’erreur. C’est pourquoi je sollicite votre aide père.
_ Pas comme ça. Avant de t’aider, je veux que tu me rendes un service.”
Le père des dieux sortit de sa poche une enveloppe et la tendit à Hermes. “Tiens. C’est pour Hera. Tu lui donnes cette enveloppe en mains propres. Je n’attends pas de réponse particulière. Quand ce sera fait, reviens et j’accepterai de t’aider.”
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