vendredi 18 décembre 2020

La Malédiction de la Déesse (3)

 *** Athena ***




“Tu as fait quoi?” La jeune femme avait presque hurlé dans le petit appartement, au point que sa mère lui avait fait signe avec les mains de baisser le ton, renversant, au passage, un peu de bière sur la table de la cuisine.

“J’ai fait une connerie, je te l’ai dit au téléphone”. Marie Costa était toute penaude. Il était à peine neuf heures du matin et elle portait encore son survêtement de la veille, sur lequel elle avait pourtant renversé une bière avant d’appeler sa fille.

“Je ne m’attendais pas à ce genre de conneries. Depuis le temps, tu sais bien que ça ne sert à rien”. Catherine Costa avait de la voix et du caractère. Elle détestait ce nom. Sa vraie identité, c’était Athena, déesse de la guerre, de l’intelligence et protectrice de la cité athénienne. Son identité moderne de prof de maths ne lui apportait aucune satisfaction. Elle s’arrangeait toujours pour ressembler aux statues de l’âge d’or de la cité grecque, parce qu’elle trouvait que ça lui allait bien. Mais son tailleur noir strict lui donnait une apparence terrifiante, y compris pour sa mère.

“Ca arrive de faire une connerie. Dit Héra. Tu n’en as jamais fait en deux mille cinq cent ans toi?

_ J’en ai fait, mais pas de ce genre-là. Et toi tu n’en fais que de ce genre-là.

_ C’est la faute de ton père.

_ Essaie de le punir alors? Plutôt que de t’en prendre à des pauvres gosses.

_ Des gosses qui ont cinquante berges, ce ne sont plus des gosses.

_ Tu aurais préféré leur pourrir la vie à la naissance, comme le petit Herakles ou toute la fournée de gamins à qui tu as pourri l’existence à l’époque?

_ Je t’ai dit, c’est la faute de ton père. Ce porc a encore fourré une mortelle, et je ne le supporte pas.

_ Vous êtes séparés depuis des siècles. En plus tu le connais. Tu le sais depuis le temps qu’il baise tout ce qui bouge, humain ou animal. Tu devrais t’en foutre maintenant.

_ Oui mais ça fait encore mal à chaque fois”. Hera termina sa bière d’une gorgée, posa la bouteille vide sur la table et se dirigea vers le frigo pour choisir sa future victime.

“Tu ne devrais pas picoler autant, dit Athena, dont la colère diminuait en voyant la vieille déesse dans cet état lamentable.

_ C’est bon pour ce que j’ai.

_ Et tu as quoi?

_ Je suis malheureuse”. Hera décapsula la bouteille avec les dents et cracha la capsule dans la poubelle voisine où elle rejoignit une cinquantaine de ses congénères.

Athena s’apaisa alors qu’Hera s’effondrait dans son fauteuil favori, juste en face de la télévision :”Raconte moi tout depuis le début”.


Le résumé de la situation par Héra n’avait rien de drôle, ni même d’épique. Elle décrivait la situation comme l’auraient fait des auteurs de ces séries pour vieilles femmes qu’elle aimait tant. A ce qu’Athena comprenait des explications de sa mère, elle avait reçu, avec cinquante ans de retard, une lettre de dénonciation qui venait d’on ne sait trop qui, expliquant que Zeus avait couché avec une mortelle à l’époque et qu’un enfant était né. De colère, Hera avait lancé une malédiction à l’ancienne sur l’enfant - qui avait aujourd’hui cinquante ans environ - et Héra s’en était voulue dès qu’elle eut dessaoulé, le lendemain matin. Son récit passionnait tellement Hera qu’elle n’avala pas de bière pendant son monologue.

“Je ne dis pas que c’était la pire des choses à faire, mais tu as foutu la merde. Tu comptes régler ça comment maintenant?

_ Ben je ne compte rien faire. C’est pour ça que je t’ai appelée. Je m’en veux, mais comment tu veux que je dépatouille ce merdier. Les mortels, c’est pas mon truc. Les bambins, j’y connais rien. Et je refuse de parler à ton père.

_ Donc je dois régler tes merdes. Merci.

_ Si je t’ai appelée, c’est que tu es la meilleure. Et toi, tu n’as pas peur du vieux.

_ Bon. Donne-moi la lettre déjà. “Hera se leva et sortit la missive d’un tiroir du meuble télé. Athena la prit et la parcourut rapidement :”C’est l’écriture de l’autre con!

_ Pas sûr.

_ Mais si, regarde, la tronche des lettres là, c’est lui.

_ Si tu veux. Ca ne change pas grand chose. Tu comptes m’aider ou pas?

_ Admettons que je sois d’assez bonne humeur pour accepter de régler tes problèmes. Il faut que tu me dises précisément ce que tu as lancé comme malédiction. Sans ça, je ne peux rien faire… Et je garde la lettre.”

Héra terminait une nouvelle bouteille et la posa sur la table. “Je ne sais plus ce que j’ai dit précisement, j’étais un peu bourrée.”

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