vendredi 18 décembre 2020

La Malédiction de la Déesse (7)

*** Paul ***




Un type sobre, en costume noir, genre premier de sa classe à science-po, avec une coupe de cheveux sur le côté pour cacher un début de calvitie montait les escaliers qui menaient au bureau du Directeur des Opérations de la Direction Générale des Services de Renseignement.

Paul Lachlan tenait sous son bras un dossier rouge portant le sceau rouge foncé habituel du secret défense. Il savait qu’il avait dans la main des informations capitales pour la sécurité de la Nation. D’après les analyses des ses équipes - une bande d’une vingtaine de spécialistes deux fois plus âgés que lui et qui avaient bourlingué aux quatre coins du globe, tandis qu’il était au chaud dans des bureaux et dans sa grande école - les fuites Intelstar étaient le fruit du hasard mais il y avait un fort risque de voir le virus se propager et de voir des secrets d’Etat se répandre sur le net comme les sextapes de stars de la téléréalité. L’image avait fait sourire Paul qui avait visionné ces vidéos, comme tout le monde, mais depuis, il cherchait un vocable moins osé pour présenter le rapport à son chef.

Paul frappa à la porte de son supérieur hiérarchique, que tout le monde ici nommait simplement “Général” ou “Le Général”. Paul n’était même pas sûr que ce soit son véritable grade. En revanche, la réputation de ce type n’était plus à faire. Ancien parachutiste, il avait participé, jeune, à la guerre d’Algérie et à la guerre d’Indochine. Il avait été en Irak, en Lybie et partout où ça chauffait dans les années 90 et avait fini dans ce bureau où il décidait seul de toutes les actions des services secrets français.


Le secrétaire particulier du Général ouvrit la porte. Au bout du bureau de cent trente mètres carrés, décorés comme une ancienne maison close, avec des tableaux de femmes nues aux murs et une lumière rouge détestable, le Général fumait à son bureau en parcourant un document sans y prêter trop d’attention. Paul s’avança derrière le secrétaire. Quand le Général se décida à lever la tête de son document, il intima à Paul de s’asseoir et de lui tendre le dossier cartonné.

“Dites moi tout jeune homme.” Le Général ne prit même pas la peine d’ouvrir le dossier en parlant à Paul.

“Un nouveau logiciel a été déployé hier dans une grande entreprise française, répondit Paul. Il a provoqué un gigantesque bug et toutes les données confidentielles de la société se sont retrouvées sur internet en quelques minutes. D’après mes analyses, ce logiciel aurait déjà été déployé sur d’autres machines. Pour le moment, personne ne sait comment empêcher la propagation du logiciel ou la diffusion des données.

_ J‘ai compris. Vous enquêtez, vous trouvez et vous nous débarrassez du problème. Vous travaillerez sur le terrain avec l’équipe numéro trois. Vous avez carte blanche, mais ce foutu virus doit se faire oublier vite fait.

_ Bien général. Je m’en occupe général.”


Les entretiens avec le vieil homme étaient toujours rapides et intenses. Paul venait, en quelques secondes, d’être promu responsable d’une équipe d’action. Maintenant, il lui fallait enquêter et réussir ses premières vraies actions sur le terrain. Et peut être que dans quelques jours, il aurait une nouvelle promotion au sein du grand service français.


*** Athena ***


“Mais ça ne veut rien dire ça !” Athena était particulièrement mécontente. “Tu me dis des trucs, mais tu ne les comprends pas, c’est ça?

_ Je n’ai pas besoin de comprendre, puisque je connais déjà la fin de l’histoire. Répondit Themis.

_ Admettons, mais ton charabia là, il ne veut pas dire grand chose.

_ Ta mère te l’a dit elle-même : elle avait trop bu quand elle a lancé cette malédiction.

_ Si, elle me l’a dit, mais ça ne ressemble à rien un truc comme ça. Avec des phrases de ce genre, on relance la guerre de Troie parce que personne ne comprend vraiment ce qui a été dit.

_ Je ne peux pas faire mieux.

_ Vous faites chier. Tous.” Athena prit une longue inspiration et regarda themis droit dans les yeux :“Tu as un stylo? Tu veux bien me répéter la phrase exacte?”

Themis ouvrit un tiroir de son bureau, tendit à sa nièce un stylo et lui indiqua une imprimante dont elle put tirer une feuille vierge. Athena attendit que la déesse-avocate lui dicte le texte exact.


“L’enfant ne sera libéré des chaînes de l’échec sans fin que s’il survit à son pire ennemi, à sa frayeur ultime et à sa créature.” Athena avait eut beau relire le texte plusieurs fois, elle ne comprenait rien. Comble de malheur, Themis refusait de lui en dire plus. Athena avait son texte, maintenant, elle pouvait partir.

“Tu ne veux même pas me dire qui est l’enfant?

_ Evidemment non. Je t’en ai déjà trop dit.

_ Juste un indice sur comment le retrouver ce gosse?

_ Je peux te donner une piste. Le gosse, comme tu dis, a la cinquantaine, à cet âge-là, d’habitude, ils sont en mesure de régler leurs problèmes tous seuls.

_ Leurs problèmes peut être, mais une malédiction divine, c’est un peu plus compliqué à régler qu’un recommandé à récupérer à la poste.

_ Ca doit dépendre des bureaux de poste.”


Athena rendit le stylo à themis. Elle allait se lever mais se retint un instant :”Dis-moi, si l’on ne se parle que de nièce à tante. Pas de divinité à divinité. A ma place, tu ferais quoi?

_ C’est à dire?

_ Je veux régler le problème posé par ma mère. Je suis perdue, à ma place tu ferais quoi?

_ Je pense que j’irai voir le responsable initial.

_ C’est à dire?

_ Ton père.

_ Ca commence très mal.

_ Il ne fallait pas me demander si tu ne voulais pas connaître la réponse.”
 


*** Hermes ***


Satisfait de son coup de maître, Hermes descendait quatre à quatre les marches de l’immeuble d’Olivia Martin. Avec un sourire, un bout de papier et une mallette noire, il venait de résoudre un énorme problème. Depuis des siècles, il s’en voulait de sa bourde avec Pandore. Il avait fait bêtement confiance à une mortelle et depuis, même si plus personne ne lui reprochait quoi que ce soit, vu que Pandore seule semblait être la responsable de tous les malheurs de l’humanité, il lui arrivait d’éprouver une forme de culpabilité et s’estimait en droit de régler les problèmes des mortels.


Intelstar ne poserait pas problème tout de suite. Hermes avait simplement consulté une devineresse qui lui avait annoncé que dans un avenir plutôt lointain, la firme de la Défense fabriquerait une arme monstrueuse qui serait utilisé à mauvais escient et rayerait l’humanité de la carte du globe. Il fallait agir avant qu’il ne soit trop tard et pour le coup, le dieu savait qu’il avait bien fait. Les dommages collatéraux n’étaient pas bien graves.


Arrivé en bas des marches, son costume n’était plus aussi net qu’une demi-heure plus tôt, il retira les menottes qu’il avait au poignet droit grâce à la clé qu’il avait dans la poche et sortit tranquillement de l’immeuble. Dans le métro, il se débarrassa de la mallette dans un couloir, sans songer une seconde à l’alerte au bagage abandonné qu’il allait provoquer derrière lui.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

La Malédiction de la Déesse (40)

*** 1969 *** Hermes terminait son quatrième verre de ricard en compagnie de Dyonisos et de Pan, tous deux vêtus à la dernière mode, avec la ...